Je tiens à préciser que je n'ai pas suivi exactement l'animé et que j'ai un peu tourné cela selon ma propre vision des choses. Par exemple, le passage devant la porte est enlevé, et remplacé par le trou noir. La réaction de Rose est aussi totalement imaginée. Je vous prierai néanmoins de ne pas trancher à cause de ces petits changements, et d'accepter cette version comme étant la mienne. Merci encore. Et aussi, pour ceux qui n'ont pas vu le dernier épisode de l'animé, je me dois de vous avertir que ce passage peut-être un spoiler important. Surtout ne le lisez pas, pour ne pas être influencé par ma version, et pour pouvoir savourer celle de l'animé. Merci encore une fois.
Edward...Mémoire de frère
Partie n°2 « Le dernier sacrifice »
Le noir complet. Je ne ressens aucune émotion, et je n'ai plus aucun souvenir. J'erre simplement dans ce noir infini, comme un automate que l'on aurait oublié d'éteindre. Je ne suis pas seul, d'autres personnes marchent avec moi. J'entends leurs voix désincarnées, mais je ne peux les voir. Certaines me semblent familières, d'autres non. Soudain, un bruit de porte. Un peu de lumière pénètre, mais n'éclaire nullement le néant. Une voix.
« Ed? Edward? Ed, tu m'entends? », dit-elle.
Edward. Il me semble connaître ce mot. C'est ainsi qu'on m'appelait autrefois. Je me dirige vers cette porte, et la voix se fait plus forte, plus insistante. Dans ma tête, des images. Des gens prononcent ce mot, Edward. Une femme brune au sourire angélique, une jeune fille blonde tenant une clé anglaise, un homme aux cheveux noirs portant des lunettes, un autre aux yeux de braise...Je crois connaître ces personnes, mais je n'en suis pas sûr. Je continue d'avancer, et à chaque pas que je fais, je sens une tristesse familière monter en moi. Je l'ai déjà ressenti ce fameux jour, celui où je t'ai perdu. La porte se rapproche, et je vois un jeune garçon se dessiner dans l'entrebâillement. Il marche vers moi, et je crois le reconnaître. Tu es comme dans mes souvenirs. Tu me croises, et me chuchotes:
« A plus tard, Nee-san »
Puis, tu t'en vas rejoindre les autres. Je franchis enfin la porte, et une douleur foudroyante s'empare de moi. Je suis en train de réintégrer mon corps.
J'ouvre brusquement les yeux. Mon corps entier me fait souffrir, et la lumière trop vive m'aveugle. Au dessus de moi, se dessine le visage d'une jeune femme que je crois connaître. Rose, c'est comme cela qu'elle s'appelle. Elle semble profondément émue, mais je n'en connais pas la raison. Je tente de lui sourire, et les muscles de ma mâchoire me font mal. Mais aussi, je sens ma vision s'embuer. Tandis que j'essuie avec difficulté les quelques larmes qui coulent sur mes joues, je lui demande.
« Pourquoi est-ce que je pleure? »
Ma voix est encore faible et saccadée, comme si je l'utilisais pour la première fois. Soudain, je m'immobilise. Cette main qui touche ma joue, elle n'est pas aussi froide que dans mes souvenirs. Elle est chaude et douce. Toute ma vie me revient alors en mémoire, ainsi que l'automail qui autrefois me servait de bras. Mais maintenant, il n'est plus là. Je contemple un moment mon membre nouveau, avec une sorte de respect. J'actionne mes doigts, fait tourner mon poignet, admire les lignes de ma main. Elle est revenue, cette main pour qui j'avais tant voyagé. Et mon intuition me dit qu'il en est de même pour ma jambe. Je commence à pleurer encore, de joie et de bonheur. Rien ne me semble plus beau que la sensation de posséder de nouveau son corps d'enfant. Mais rapidement, mon euphorie s'atténue. Je viens de constater que tu n'es pas auprès de moi. Je me relève lentement, les muscles encore endoloris, la peur de nouveau présente. Je tente de chasser la pensée néfaste qui s'est subtilement insinué dans mon esprit.
« Rose...Où est Alphonse? »
Elle ne me répond pas. Elle baisse la tête, les yeux mouillés, et évite délibérément de croiser mon regard. Je ne devine que trop aisément ce que ce silence signifie. Si je t'ai croisé en franchissant cette porte, si tu as pris ma place dans ce vide sans fin, c'est parce que tu avais donné ta vie pour la mienne. Tu t'étais sacrifié pour moi. Les yeux brillants, la gorge sèche, je regarde mon bras retrouvé, et tente d'accepter ce fait: tu es mort. Nous avions tellement voyagé pour retrouver nos corps, et nous étions prêts à y mettre le prix. Mais celui-ci me semble bien trop grand. Je me retrouve désormais au même point que ce jour là. Sauf que je n'ai pas d'armure à laquelle liée ton âme.
Je ne sais si je pleure, car ta mort me semble trop impensable pour être vraie. La seule chose dont je suis sûr, c'est que je ne peux vivre sans toi. Les pensées se bousculent dans mon esprit, pêle-mêle avec des regrets et des souvenirs de toi.
« Nee-san, tu es trop impulsif ! Réfléchis avant d'agir ! »
Oui. Cette fois, j'ai bien réfléchi. Ma décision est prise. Je vais te faire revenir. Je regarde pendant quelques secondes ma main, mais ma détermination n'en est point ébranlée. Tu as payé pour me rendre cette main. A mon tour d'allonger la monnaie.
« Rose, va t'en d'ici. Emmène Wrath avec toi.
-Et toi?, me demande-t-elle, Tu ne viens pas? »
Je devine qu'elle connaît déjà la réponse. Ses yeux suppliants fixent les miens, comme pour me faire changer d'avis, et elle retient son souffle. Cette affection me touche, mais je ne puis accéder à sa requête. Et elle le sais. Je lui adresse un sourire rassurant, et pose délicatement ma main sur la sienne, lui faisant ainsi comprendre que ceci sont mes derniers adieux. Elle baisse les yeux, comme pour cacher des larmes, mais ne tente pas de me retenir. Elle comprend ma peine, car elle-même a voulu voir ressusciter quelqu'un qu'elle aimait. Elle me sourit faiblement et, sans crier gare, me prend dans ses bras. Je la laisse faire, tandis qu'elle me murmure.
« Je prendrai soin de ton frère. Je te le promets, Edward. »
Puis, elle se relève lentement, m'adresse un dernier sourire embué de larmes, et s'enfuit prestement. Je sais qu'elle ne m'a pas menti. Elle prendra soin de toi.
Je suis de nouveau seul. Je viens de finir le cercle de transmutation qui te ramènera à la vie. Je ne suis pas tout à fait sûr qu'il soit parfait, mais le temps me manque trop pour le vérifier. Peut-être sera-t-il inutile, peut-être ne reviendras-tu pas, mais au moins, s'il venait à m'arracher la vie sans point te rendre la tienne, nous serions réunis. Je me déshabille lentement, jusqu'à me retrouver torse nu. Je frissonne un peu, car la salle est froide, mais en même temps, cela me remplit de sensations nouvelles. Cela fait cinq ans que je n'ai plus senti le froid sur mon bras droit. J'inscris quatre cercles sur mon corps: un sur chaque bras, un sur mon front et un dernier sur ma poitrine, près de mon c½ur. Mon corps, mon esprit, mon âme. Si j'offre cela, peut-être reviendras-tu? Je me positionne au centre du cercle. Je balaie des yeux ces lieux, et me dit que c'est peut-être le dernier endroit qu'il me sera donné de voir. Si la transmutation venait à échouer, si je venais à être encore vivant, alors je mettrai un terme à ma vie. Oui, j'en suis à présent certain, cette salle sera mon tombeau. Mais pas le tien. Toi, lorsque le temps sera venu pour toi de mourir, tu seras entouré de ta femme, de tes enfants, de tes petits enfants, et tu ne souffriras pas, tu t'éteindras tranquillement, allongé dans ton lit, peut-être en pensant à ce frère qui t'avait permis d'avoir une mort aussi douce. Le destin en a décidé autrement pour moi...mais je ne suis pas triste de mon sort. J'avais vécu des choses horribles, tristes et macabres, mais j'avais aussi connu le bonheur, la joie, la sérénité, parce que je t'avais pour frère. Et aujourd'hui, pour tout cela, pour toute cette vie partagée avec toi, je t'en conjure...
« Reviens, Alphonse. »
Je frappe dans mes mains, et les pose sur ma poitrine. Les cercles brillent, m'enveloppent, me prennent. Et c'est ainsi que j'ai accompli mon dernier devoir de grand frère: te protéger, quoi qu'il m'en coûte.
À suivre pour la troisième et dernière partie « Une vie sans toi »

