voici une fic de moi inspirée d'une histoire vraie: celle de ma voisine d'en face. laissez des coms!
La dame du rez-de-chaussée
Ether Mari habitait au rez-de-chaussée d'un immeuble, dans un petit appartement où elle vivait seule. Elle ne recevait jamais personne, et personne ne venait jamais lui rendre visite. Car elle n'avait personne. Âgée de 87 ans, elle se faisait livrer ses repas par une aide aux personnes âgées. C'était toujours la même employée qui venait la livrer. Une jeune femme austère qui posait le panier sur la table, prenait son du dans le porte monnaie à l'entrée et s'en allait sans un mot. Jamais elle n'avait parlé à Ether, et Ether n'avait jamais essayé de lui parler. Dans son petit appartement qu'elle ne quittait jamais, sa seule compagnie était Joey Miral, le personnage principal de la série « Si l'amour avait un nom ». Toute la journée, la petite télé en noir et blanc était allumée, et ainsi, Ether ne se sentait plus seule. Lorsqu'elle voulait voyager, elle mettait la chaîne Escales, en rêvant que ses jambes l'emportaient là-bas, malgré les béquilles qui les entravaient. Son seul contact avec le monde extérieur était la chaîne LCI, où elle pouvait voir le visage d'autre gens, et comprendre les tourments de la société extérieure, dont elle estimait ne plus faire partie. Le soir, elle regardait un film sur Paris première, et rêvait de la vie qu'elle aurait pu avoir, de celle qu'elle aurait vécu si elle avait été belle, si elle avait rencontré un homme charmant, si elle avait eu des enfants aimants et des petits enfants joyeux. Certes, elle avait été aimé, mais cet homme l'avait délaissé pour une autre, assurément plus belle que Ether ne l'était à cette époque. Ses enfants, Ether ne les avait plus revu depuis qu'ils travaillaient à Paris, et qu'ils n'avaient plus le temps de s'occuper de leur vielle mère. Mais Ether ne ressentait pas la tristesse, du moins ne s'en rendait elle pas compte. Elle n'avait plus dit un mot depuis longtemps, car elle n'avait personne pour l'écouter. Elle se levait chaque jour, sans espoir et sans projet, regardait l'écran noir et blanc et là seulement, revivait. Elle rêvait de jeunesse, d'amour et de rire, elle rêvait d'être comme toutes ces femmes à la télé, ces femmes qui ont tous, et à qui la jeunesse n'a pas encore été arraché. Dans sa série favorite, « Si l'amour avait un nom », elle vivait au rythme de la vie de Joey Miral, son seul et unique compagnon depuis plusieurs années. Il représentait pour elle le mari qu'elle n'avait jamais eu, et elle s'imaginait chaque fois être l'une des femmes à ses côtés, elle s'imaginait vivre des aventures passionnantes et rencontrer des gens merveilleux. Puis, le soir venu, elle éteignait la télé, et toute sa vie lui retombait dessus. Elle s'endormait alors, sans aucune crainte de ne pas se réveiller le lendemain et sombrait dans un sommeil sans rêve. Ce jour là encore, elle avait allumé son poste de télévision, s'était installé dans son fauteuil et s'était replongé au côté de Joey Miral. Mais cette fois ci, elle n'éteignit pas la télévision. Devant elle, Joey Miral venait d'être blessé gravement, et, après une scène très émouvante, il était mort. La série s'était terminée ainsi, et jamais Ether ne s'en était remise. Aussi, quand l'employée de l'association d'aide aux personnes âgées vint déposé le panier repas d'Ether, elle trouva la vieille dame allongée par terre, immobile et silencieuse. Ether Mari était morte, mais sa télé tournait encore...