voici le deuxième chapitre. des comms please!
« Chérie, tu es très belle, me murmura-t-elle.
-Merci maman » répondis-je simplement.
Je me dégageai de l'étreinte de ma mère car je venais de remarquer qu'un jeune homme attendait dans le salon. C'était un grand mat aux cheveux d'un noir de jais et aux yeux d'un bleu profond. Il regardait distraitement les nombreux grigris sur le buffet et ne semblait pas avoir remarquer mon regard insistant. Ma mère se décida alors à faire les présentations.
« Chérie, je te présente Cadèl Merana. Il m'a gentiment aidé à porter tes cadeaux d'anniversaire. »
Le jeune homme sortit de sa rêverie et m'adressa un sourire chaleureux.
« Enchanté de vous rencontrer, dit-il d'une voix enjoué, pardonnez moi, mais je doute que Chérie soit votre véritable prénom, je me trompe ?
-Non, je m'appelle Clara. Merci d'avoir aidé ma mère. »
Le jeune garçon avança sa main et je la lui serrai amicalement. Ce qui se passa alors restera toujours gravé dans ma mémoire. Au contact de sa main, une douleur courut le long de mon bras et me fit l'effet d'un électrochoc. Elle continua son chemin et atteignit bientôt ma poitrine. Je voulus me dégager mais la main du jeune homme me tenait fermement. Je lui jetai un regard inquiet mais il gardait son beau sourire. Soudain, la douceur du jeune homme se changea en surprise et ses yeux brillèrent pendant quelques secondes. Mais ce changement d'expression fut à peine perceptible, si bien que je me demande encore si je l'ai rêvé. Lorsqu'il me lâcha enfin, la douleur cessa brusquement.
« Je suis vraiment ravi de vous connaître ! » dit-t-il d'une voix douce.
Ma mère semblait n'avoir rien vu et continuait de sourire, visiblement fière de m'avoir trouvé un garçon respectable pour "nouveau petit copain" (ma mère tente toujours de me caser avec tous les garçons qu'elle apprécie). Le beau mat adressa un signe à ma mère et nous signala qu'il était attendu à l'orphelinat. Et il partit sans plus de cérémonie.
Restées seules dans le salon, un court silence s'installa entre ma mère et moi. Elle semblait anxieuse, un sentiment qui pourtant n'existait pas chez elle. Elle se tourna vers moi et, d'une voix déterminée, m'invita à m'asseoir sur le canapé du séjour.
« Il faut qu'on parle » finit-elle par me dire, histoire de me plonger moi aussi dans l'inquiétude.
Elle s'installa à mes côtés et me fixa longuement, ce qui me mit affreusement mal à l'aise. Lorsque enfin elle daigna ouvrir la bouche, quelqu'un toqua à la porte d'entrée. Étonnée, ma mère ne réagit pas tout de suite.
« Tu attends quelqu'un ? me demanda-t-elle sur un ton de reproche.
-Non, maman, on avait dit qu'on ne fêterait mon anniversaire que toutes les deux ! »
Le visiteur insista et ma mère finit par aller ouvrir. Je me penchai sur le canapé pour pouvoir apercevoir le nouveau venu. Il avait l'air très étrange : il était entièrement vêtu de noir et un capuchon cachait entièrement son visage. Une longue cape traînait dans son dos et son pantalon de cuir laissait entrevoir ses grandes bottes usées. Bien que surprise par cet étrange accoutrement, ma mère adressa à l'inconnu l'un de ses plus beaux sourires.
« Que voulez vous ? demanda-t-elle sur un ton amical.
-Je veux votre vie.
-Qu'est ce que... »
Mais ma mère ne put terminer sa phrase car l'étranger la prit par le cou et la souleva de terre, sous mes yeux effarés. Je mis quelques secondes à saisir qu'il était en train de la tuer et, folle de rage, me précipitait dans l'entrée.
« QUE FAITES VOUS À MA MERE ? LACHEZ LA TOUT DE SUITE ! »
L'homme en noir tourna la tête vers moi, nullement perturbé par mes hurlements et, tout en étranglant ma mère, claqua des doigts. Tout à coup, mes jambes se raidirent et je ne pu faire un pas de plus. Un frisson glacé courut le long de ma jambe et, malgré toutes mes protestations, mes pieds refusèrent de bouger. Un rire guttural jaillit sous le capuchon noir et l'étranger lâcha ma mère qui, entre la vie et la mort, tomba lourdement sur le sol. Il s'approcha de moi à pas feutrés et colla lentement son visage contre le mien. Nos nez se touchant, je pus sentir son souffle froid sur mes lèvres et une vague de terreur s'empara de chaque fibre de mon être.
« Rappelle toi toute ta vie que c'est le SAM qui t'aura rendu orpheline...murmura-t-il d'une voix glacée, N'oublie jamais... »
Il claqua des doigts et, lentement, je me mis à chuter tandis qu'un voile noir s'abaissait sur mes yeux.
« Mademoiselle Vernando ! Allons donc ! »
Des éclats de rire fusèrent autour de moi. Je sentis que quelqu'un me donnai un coup de coude mais je ne réagis pas : je n'avais de cesse que de penser à ma mère, écroulée sur le sol de l'entrée. Mais, comme les coups se firent de plus en plus insistants, je daignai ouvrir un ½il. Devant moi, se tenait la silhouette effilée de Mme Pinseq, professeur de littérature à la fac de journalisme de Stargam City. Son air pincé me dit que je ne n'allais pas tarder à essuyer une de ses colères mémorables dont elle avait le secret. En effet, elle retroussa sa lèvre supérieure et j'entendis presque sa langue de vipère siffler entre ses dents.
« Depuis quand dormez vous en classe, Melle Vernando ?
-Hein ? Dormir ? m'exclamais-je.
-Parfaitement jeune fille, et vous savez que le règlement de l'établissement m'oblige à...
« Je dormais ? Mais je croyais que ma mère était en train de mourir ! Ah oui, c'est vrai, j'ai rêvé. Tu le sais pourtant ma grande, tous les ans tu refais le même rêve. Quel mauvais souvenir, franchement, la veille de mon anniversaire, ce n'est pas très sympa de la part de mon inconscient de me faire revivre cette horrible journée ! »
-...après midi pour te reposer !
-Pardonnez moi, je n'écoutais pas. »
Les élèves de ma classe rirent bruyamment devant mon audace et chacun attendit avec impatience la réaction de la sulfureuse Mme Pinseq. Celle ci, en effet, vira au rouge cramoisi et, si on avait été dans un dessin animé, des volutes de fumée se serait sûrement échappées de ses oreilles.
« Jeune fille, vous avez beau avoir 21 ans, cela ne vous donne pas le droit de négliger mes réprimandes !
-Mais elle est encore dans le brouillard madame, elle vient de se réveiller !
-Martin, tu me feras une dissertation sur les commentaires désobligeants que tu fais à tout bout de champ pendant mes cours ! explosa la prof avant de darder son regard courroucé sur moi, quant à vous, je vous signale que, pendant que vous ronfliez, j'ai annoncé à vos camarades que vous avez quartier libre cet après midi en l'absence de votre professeur d'économie. Il aurait été dommage de n'avoir pas été informée, n'est ce pas, Melle Vernando ? »
C'est ce moment précis que choisit la cloche pour annoncer la fin des cours. Sauvée par le gong ! Sans prêter plus attention à l'expression choquée de Mme Pinseq, je lui filai sous le nez sans même lui adresser un regard. J'attendis mon amie Marine qui tardait à se remettre de son fou rire.
« Non franchement Clara, t'as mis un somnifère dans ton verre ce midi ou quoi ? me dit-elle sur un ton amusé.
-Mais pas du tout ! répliquai-je aussitôt, tu sais pourquoi ! Demain, c'est mon anniversaire !
-Ah oui ! Et cette année n'a pas fait exception ?
-Je crains que non » soupirai-je.
Marine me dévisagea et entreprit de me redonner le sourire.
« Tu n'as toujours pas revu le visage de ce gugus ? me demanda-t-elle avec la spontanéité qui me plaisait tant chez elle.
-Non. C'est toujours flou. Et pourtant, il est si près de mon visage...Je sens encore la froideur de son souffle. Mais du reste, je ne vois ni ses yeux, ni ses cheveux, ni rien d'autre. Comme si je le faisais exprès ! C'est tout ce que je veux, revoir le visage de cette pourriture et l'écraser...
-Elle s'appelle comment la pourriture ? questionna Marine pour la énième fois depuis que je la connaissais.
-C'est le SAM. Ah si je le retrouve...il va voir ! »
Ivre de colère, j'écrasais avec animosité le pied de celui qui marchait derrière moi et, omettant de m'excuser, quittait Marine devant la fac. Furibonde, je remontai la côte qui me séparait de ma rue lorsque quelqu'un m'appela. Je me retournai et constatai qu'un jeune homme me courait après. Il semblait essoufflé et ses cheveux d'un noir de jais retombaient lourdement sur sa belle peau mat, cachant en partie ses yeux océan.
« Tu as omis de me dire au revoir, Clara Vernando ! dit-il sur un ton empli de reproches.
-Oh, quel beau langage, Cadèl Merana, comme toujours ! Tu n'es pas en cours ?
-Il nous laisse du temps pour réviser nos examens, déclara-t-il avant d'ajouter avec un grand sourire, je t'accompagne chez toi ?
-Avec joie ! »
Il se joignit à mes pas et nous remontâmes tous deux la rue Valins Perronet. Je le regardai distraitement et ne pu m'empêcher d'associer Cadèl à ce fameux jour. Je m'en souviendrais toujours, j'avais connu ce jeune homme de 17 ans le jour même de la mort de ma mère. A présent, il avait 23 ans et, tout comme moi, faisait des études de journalisme. Je pense qu'il est de loin mon ami le plus cher, car il fut le premier à venir vers moi après l'assassinat de maman. Arrivée à l'orphelinat, j'étais vraiment perdue et désespérée et la seule personne à venir me réconforter fut Cadèl. Lui aussi était orphelin et il était ici depuis ses quatorze ans. Il me réconforta avec la tendresse d'un frère et nous devînmes très vite amis. Ce ne fut que plus tard que j'appris que lui aussi avait perdu ses parents lors d'une rencontre avec le SAM, ce qui nous rapprochait encore plus. Mais aujourd'hui, curieusement, un grand silence planait entre nous. Il n'était certes pas étrange que Cadèl fût muet, après tout, il ne parlait que quand il y voyait une utilité. Mais que moi aussi je fusse silencieuse, ce n'était pas banal ! A ma grande surprise, ce fut Cadèl qui prit la parole en premier.
« Alors, c'est toujours d'accord pour ce soir ? me demanda-t-il avec un aimable sourire qu'il ne réservait qu'à moi.
-Oui, bien sûr. Mais dis moi, pourquoi m'invites tu au restaurant un vendredi soir ? Tu sais bien que le vendredi, tu viens manger des plats ratés chez moi avant notre bataille d'oreillers habituelle !
-Je sais bien, mais il y a quelque chose que j'aurais du te dire il y a longtemps et je pense qu'il serait temps que tu le saches. Et je voulais te l'annoncer autour d'une table. »
Sa réflexion me figea et je m'arrêtai tandis qu'il continuait à gravir la côte. Il se retourna et discerna mon expression perplexe. Comme si il lisait mes pensées, il rougit et s'empressa de nier ce à quoi je pensais.
« Je ne suis pas amoureux de toi ! s'empressa-t-il de dire, avec une gêne apparente qui me montrait qu'il ne tenait absolument pas à ce que je me fasse cette idée.
-Ah..........Dommage ! Ça fait toujours plaisir d'avoir un admirateur ! »
Il me lança un sourire amusé et nous continuâmes notre chemin dans un silence complice.
Arrivé devant chez moi, il m'adressa un clin d'½il en me donnant rendez vous devant le restaurant indien du quartier un peu plus tard dans la soirée. Et il s'en alla en me laissant seul devant mon building. C'était un immense bâtiment qui servait autrefois d'usine pour une grande fabrique de chaussures. A présent, la façade tombait en morceaux et la couleur lugubre de la peinture ne donnait vraiment pas envie d'y entrer. En avançant vers la porte d'entrée, je croisai ma voisine de palier, Mme Desmars, une bonne femme qui ne me disait jamais bonjour et qui regardait d'un air dédaigneux les cheveux ondulés qu'elle m'enviait depuis toujours (en cachette bien sur, elle ne cessait de critiquer « la tignasse brune de la voisine » lorsque je l'écoutais). Je lui adressai un bonjour poli auquel elle répondit par un examen détaillé de ma coupe de cheveux.
« Vous les avez coupés, me dit-elle avec dédain.
- De deux centimètres ! ricanai-je, ce qui lui arracha un sourire dégoûté.
-J'aurai dit trois... »lâcha-t-elle en me tournant le dos et en s'éloignant vers les maisons voisines.
Derrière elle, gambadait Tigron, un chat tigré qui ne la lâchait jamais. Il cracha sur mon passage et je du me faire violence pour me retenir de lui donner un coup de pied. Tiens, quel plaie aussi ce chat...comme sa maîtresse! Arrivé devant la porte de mon immeuble, je composais machinalement le code censé ouvrir la porte. Je dis censé car cette fois, la porte resta muette. Je recommençai, mais toujours aucune réponse. Aurait-on changé le code sans me prévenir? A contrecoeur, je me retournais pour demander le code à Mme Desmars. Mais je fut forcé de constater qu'elle n'était plus là. Mon unique espoir venait de s'envoler! Fait étrange vu que ses jambes trop courtes ne lui permettaient pas de tenir une cadence assez rapide pour sortir de mon champ de vision en quelques secondes.
« Mme Desmars? » appelai-je, naïvement puisque, même si elle m'entendait, elle se ferait un plaisir de faire la sourde oreille.
Ce ne fut pas la voix perfide de la vielle dame qui me répondit mais le feulement terrifié de Tigron. Le poil hérissé, il passa entre mes jambes et fila se cacher sous une voiture. Je trouvais étrange qu'il quitte Mme Desmars, et surtout qu'il passe si près de moi sans prendre la peine de me griffer. La chose qui l'avait effrayé devait être considérable. Un peu inquiète, je renouvelai mon appel.
« Mme Desmars, vous m'entendez? »
Cette fois, j'eu une réponse. Un hurlement perçant et paniqué de vieille dame, ainsi qu'un rire guttural, angoissant et particulièrement sifflant. Un frisson parcourut mon dos. Je reconnu le hurlement, c'était celui de Mme Desmars. Mais ce qui me terrifia, ce fut de reconnaître également le rire. C'était celui que le SAM avait émit en tuant ma mère. Je fus projetée six ans plus tôt, alors que son nez touchait le mien et que son souffle glacé effleurait mes lèvres. Une bouffée de colère monta en moi, mais la terreur me tétanisait. Le rire emplit mes oreilles et je revis maman, à mon réveil, un couteau planté dans le ventre mais encore vivante. Tandis que son sang coulait sur le tapis, j'avais appelé le SAMU. Mais à l'instant où on l'avait embarqué dans la voiture, elle avait expiré. Les larmes aux yeux, je du me rendre à l'évidence. Je ne pouvais accepté qu'une nouvelle personne meurt ainsi, même si cette personne était ma vieille harpie de voisine.
« Mme Desmars! Je viens à votre secours! Tenez bon! » hurlai-je tandis que le rire de l'assassin s'estompait de mes pensées et que ma mère agonisante disparaissait de mes souvenirs.
Je me mis alors à courir, le plus vite que je pouvais, tandis que je continuai d'appeler ma voisine en espérant ne pas arriver trop tard. Je traversai plusieurs ruelles, et à chaque fois, le nombre de passants diminuait. Finalement, je m'arrêtai, complètement perdue, dans une avenue déserte. Cela faisait longtemps qu'elle était abandonnée, la plupart des habitants du quartier ne connaissaient même pas son existence. Les immeubles étaient très hauts, il régnait ici une impression de renfermer très désagréable, comme si y rentrer signifiait ne jamais en sortir. L'étroitesse de cette avenue accentua ma pensée d'avoir été attirée dans un piège et fit ressortir mon côté claustrophobe. Je chassai vivement le mal-être qui commençait à me gagner et cherchais des yeux une trace de Mme Desmars. Je l'aperçus finalement un peu plus loin dans l'allée, allongée par terre sur le ventre et immobile comme une statue. Je la rejoignis en courant et m'agenouillai près d'elle.
« Mme Desmars, vous allez bien? »
Je vérifiai son pouls. Il battait encore, elle était seulement évanouie. Je vis alors qu'il y avait une flaque de sang sous sa tête. Je la mis sur le dos et lâchai un cri de frayeur. Le sang venait de sa bouche ; on lui avait coupé la langue. Maîtrisant au mieux mon dégoût, je cherchai une trace de l'organe manquant. Lorsque, pour une raison inconnue, je me mis à avoir la chair de poule. Une évidence vint me frapper de plein fouet et je blêmis: Où était donc le SAM? Instinctivement, je me retournai. Sur le mur, une grande marque rouge s'étalait et coulait horriblement. Écrit avec du sang, des lettres aux formes inquiétantes formaient ce message qui m'effraya: Retourne toi. Très lentement, je tournai la tête. Derrière moi, une grande forme noire, encapuchonnée et affublée de bottes au cuir usé. Les mêmes vêtements que le jour de la mort de maman. Le SAM émit un petit rire qui n'avait rien de joyeux et me montra sa main. Il tenait quelque chose de rose, gluant et qui s'agitait encore.
« C'est cela que tu cherches? » dit il d'une voix amusé.
Il jeta à mes pieds la « chose » qu'il avait en main et je faillis m'évanouir de peur en reconnaissant une langue. Il rie, satisfait de la peur qui paralysait mes membres. La langue arrêta de s'agiter et gis là, près de son ancienne propriétaire, encore évanouie. Je regardai avec horreur le meurtrier noir sortir un grand couteau ensanglanté de son étui, l'essuyer méthodiquement sur sa cape et finalement, lécher les quelques gouttes restantes sur la lame. Puis, il tourna la tête vers moi et je sentis son regard de dément se poser sur moi. Je me relevai précipitamment et fis quelques pas en arrière.
« Pourquoi moi? demandai-je, au bord de la panique, Je suis une fille comme les autres, pourquoi vouloir me tuer? Et pourquoi ne pas m'avoir tué en même temps que ma mère? J'aurais préféré cela à vivre dans la souffrance toutes ces années. Qu'est-ce que vous me voulez, à la fin?
-Cela fait beaucoup de questions à la fois, jeune fille...remarqua-t-il avec une pointe de moquerie, Je veux bien te répondre, je te dois bien cela! Ce que je te veux? Ce n'est pas toi qui m'intéresse, mais ce que tu as...
-Mais qu'ais-je donc pour que vous vouliez ma mort? demandai-je, reculant encore un peu plus.
-Des pouvoirs, jeune fille. Tes pouvoirs m'intéressent. »
Surprise, je me mis à le voir autrement. Il était fou! Mais un fou avec un couteau...Je lui fis remarquer, sans le vexer pour autant, que les pouvoirs magiques n'existaient pas. Il rie de plus belle.
« Vraiment? Tu crois cela? dit-il avec sarcasme, Alors, explique moi comment ais-je pu te figer le jour où j'ai tué ta mère, alors que tu te ruais sur moi? Il n'y avait pas de colle par terre, alors pourquoi tes jambes ont-elles cessées de fonctionner? »
Il avait raison. Je me souvenais parfaitement du sentiment de paralysie qui s'était emparé de mes jambes, ainsi que de ce frisson glacé dans mon sang. Alors, le SAM était un fou avec un couteau ET un sorcier? Je reculai encore d'un pas. Je rencontrai alors le mur, beaucoup trop tôt à mon goût. Tentant de me sauver, je m'exclamai.
« Mais vous vous êtes trompé de personne! Je n'ai pas de pouvoirs magiques! Je suis...normale!
-C'est toi qui te trompe, dit-il calmement, Tu as des pouvoirs, et même des pouvoirs très puissants, mais tu n'en as pas conscience. Tu ne t'ais pas demandé pourquoi ta mère était encore vivante après ce que je lui avais fait? Parce que tes pouvoirs la protégeaient de la mort. Et quand est-elle morte? »
Je me remémorai cette journée, et je fus forcer de répondre, la voix brisé.
« Quand elle a été séparée de moi.
-Exactement, jeune fille, dit-il avant d'annoncer, la voix emplie d'excitation, Et ces pouvoirs que tu as, je compte bien les récupérer!
-Prenez les si vous voulez, mais laissez moi tranquille! m'exclamai-je avec une panique non feinte.
-Mais il n'y a qu'avec ta mort que je peux les avoir, m'informa-t-il avant de brandir son couteau, Pas de chance! Adieu! »
Je me mis à hurler de toute la force dont j'étais capable tandis qu'il s'approchait de moi, l'arme en avant et un rire perfide sous le capuchon. Lorsque soudain, quelqu'un cria quelques rues plus loin. Le SAM se figea et nous tendîmes tous deux l'oreille, faisant un silence absolu. Le cri se refit de nouveau. Mais ce n'était pas un cri ; c'était une voix d'homme, un homme qui appelait quelqu'un.
« Clara? Est-ce que c'est toi? Où es-tu? »
Je reconnaissais cette voix, mais il me fallut un moment pour comprendre qui c'était. Cadèl! Je sentis mon c½ur rebattre à l'idée qu'il viendrait me sauver. Mais bien vite, en entendant le rire du SAM, le bonheur fit place à l'horreur. J'avais déjà oublié que le SAM était un sorcier, alors que Cadèl n'était même pas armé! Il allait se faire tuer si je ne faisais rien. Alors, sachant que ces mots me conduisaient à ma perte, je me mis à hurler.
« Cadèl, sauve toi! Il va te... »
Je ne puis rien dire de plus. Le SAM avait claqué des doigts et ma voix m'avait quitté instantanément. Il claqua des doigts de nouveau et une corde vint ligoter mes mains et mes pieds.
« Reste tranquille un moment, m'ordonna l'assassin d'une voix terrifiante, Pourquoi ne veux-tu pas que ton ami vienne se joindre à nous? Je me ferai un plaisir de l'accueillir comme il se doit...Ne bouge pas, je reviens dans une minute. Je te donnerai l'occasion de dire adieu à ton ami, ne t'en fais pas. »
Il m'abandonna là, emmaillotée de partout et muette, et s'en alla. Je le suivis des yeux et le perdit de vue lorsqu'il bifurqua dans une allée sombre. Dénuée de tous moyens, j'entrepris de me défaire de la corde qui ligotait mes mains. Mais rien à faire, le n½ud était bien trop serré. J'attendis de longues minutes, tendant l'oreille pour être mise au courant de la tournure des évènements. Mais tout était affreusement silencieux et je du rester ainsi, dans une ignorance qui suscita ma panique démesurée. Lorsque soudain, j'entendis des pas, dans la ruelle d'à côté. Ses pas couraient et les halètements de leur propriétaire m'informèrent qu'il venait de faire une course effrénée. Mon c½ur fit un bond lorsque je reconnu la peau mat de Cadèl surgir d'une avenue voisine. Il était en nage et ses yeux trahissaient qu'il avait eu la frousse. Lorsqu'il me vit, il me sourit avec soulagement et me rejoignis d'un pas rapide.
« Faut pas traîner, il est juste derrière! me confia-t-il d'une voix saccadée, Il ne t'a rien fait? Clara, réponds moi! »
Je lui fis signe que je ne pouvais pas parler. Il vit alors que mes mains étaient ligotées et entreprit de défaire le n½ud. Mais pendant qu'il me libérait, la silhouette noire du SAM sortit furtivement d'une autre rue. Il était tellement silencieux que Cadèl ne l'entendit pas. Je voulu le prévenir, mais ma voix n'était toujours pas revenue. Le meurtrier se glissa derrière lui et, ironiquement, me fit signe de son doigt que je devais me taire. Paniquée, j'agitais les mains en tous sens.
« Mais qu'est qui te prend, Clara? demanda Cadèl avec agacement, Reste tranquille que je puisse t'enlever cela! »
Le SAM claqua des doigts et une boule verte apparut entre ses deux mains. Et la boule grossissait à vue d'½il, et je pouvais voir un courant électrique courir sur sa surface. Lorsque enfin Cadèl finit de me détacher, je lui montrai du doigt le SAM, juste derrière lui. Le jeune mat se retourna au moment où la boule verte était aussi grosse qu'un ballon de foot. Le SAM nous envoya alors sa décharge électrique, éclatant d'un rire glacial et satisfait. Je m'agrippai aux épaules de Cadèl et fermai les yeux. J'entendis une détonation et le sol trembla sous moi. Je mis mes bras autour du cou de Cadèl et murmurai.
« C'est la fin... »
Puis, quelques secondes passèrent, longues et silencieuses. J'ouvris les yeux et ce que je vis m'arracha un cri de surprise. Un voile rouge nous enveloppait Cadèl et moi, et des zébrures orange couraient à sa surface. La boule d'énergie envoyé par le SAM se faisait absorbé par ce bouclier et maigrissait à vue d'½il. Mais la provenance de cette protection me laissa encore plus abasourdi ; elle provenait des mains de Cadèl. Les paumes tournées vers l'extérieur, il avait une expression de concentration extrême, tandis que de ses mains s'échappait un filament orange relié au bouclier. Je restai perplexe, ne pouvant qu'admirer les pouvoirs fabuleux qui agissaient sous mes yeux. Ce voile magique ne semblait pas contrarier le SAM qui au contraire lâcha un petit rire sadique. Je compris pourquoi lorsque je sentis Cadèl trembler ; le bouclier s'éclaircit et diminua d'épaisseur. De rouge, il passa au orange, puis au jaune pâle tandis que mon ami tremblait toujours plus violemment. Et lorsque finalement le voile disparut, Cadèl s'évanouit et tomba dans mes bras. Je me retrouvai alors seule face au SAM, qui avait patiemment attendu que le jeune homme s'épuise et que notre protection s'évapore. Il s'approcha prudemment, avança sa main pour vérifier que le bouclier s'était bien éclipsé et, ne rencontrant que le vide, gloussa d'aise. Il tourna la tête vers moi et leva son couteau. Je serrai la tête de Cadèl contre moi d'une main et me protégeait le visage de l'autre. Mais le SAM resta immobile et finalement, rabaissa le bras.
« Non, après tout, tu peux me servir...marmonna-t-il pour lui-même, Tu es l'Elue, j'ai besoin de toi pour trouver l'Ambre. Tu as de la chance, jeune fille! Tu ne mourras pas aujourd'hui. Mais, dès que j'aurais les cinq pierres...je te tuerai. »
Sur ce, il claqua des doigts et disparut dans un nuage de fumée.
Je restais de longues minutes silencieuse, Cadèl évanoui couché près de moi. Après avoir libéré mes pieds, j'avais attendu en silence que Cadèl revienne à lui. Des tas de questions se bousculaient dans ma tête et je pensais que Cadèl pourrait peut-être y répondre. Ce qui m'intriguait le plus, c'était les dernières paroles du SAM. C'était quoi cette histoire d'Elue? Et...d'Ambre? Et que sont les cinq pierres que le SAM convoite? Et puis, pourquoi aurai-je des pouvoirs? D'où viennent-ils? En ai-je vraiment? Et Cadèl en aurait aussi? Pourquoi je suis jamais au courant de rien? Pourquoi me cache-t-on des choses? Pourquoi? J'arrêtais là la farandole des questions car Cadèl venait d'ouvrir les yeux. Il se releva lentement, se situa, me vit et ne dit rien.
« Alors, ça va la Belle aux Bois Dormant? » voulu-je dire mais j'étais toujours aphone. Je me contentai donc de lui lancer un regard carnassier. J'étais rancunière vis-à-vis du mensonge et des cachotteries de ce genre.
« Il est parti? » demanda Cadèl d'une petite voix. Apparemment, il semblait avoir honte de ne m'avoir rien dit.
Je ne lui répondis pas. Il claqua des doigts et je sentis ma gorge se réchauffer. Je lui adressai un regard haineux et dit d'une voix neutre.
« Je vois que toi aussi tu as ton diplôme de prestidigitateur.
-Écoute, à propos de ça...
-Laisse tomber. Je ne suis pas prête à entendre ça pour le moment.
-Tu sais, c'est de cela dont je voulais te parler au dîner...
-Laisse tomber, je te dis. »
Je me relevai sans même lui adresser un regard et m'approchai de Mme Desmars. La pauvre était toujours évanouie et sa langue se desséchait à vue d'½il. Je m'agenouillai près d'elle et vérifiai si elle était toujours vivante. Je sentis Cadèl arriver derrière moi, les pieds traînants. Sans même me retourner, je lui ordonnai d'un ton indifférent.
« Aide moi à la transporter. On va appeler le SAMU. Et cette fois, je ne ferai pas l'erreur de la laisser mourir dans l'ambulance.
-Clara, écoute...
-Appelle! »
Sans un mot, Cadèl sortit son portable et appela les urgences. De mon côté, je ramassai, non sans dégoût, la langue de Mme Desmars et évaluai les chances de pouvoir la sauver d'affaire. C'était bien maigre et je n'étais pas sûre que l'on pouvait recoudre une langue. Mais dans le doute, je décidais de tenter. Je demandais à Cadèl ce que je pouvais faire. Sans un mot, il claqua des doigts et la langue se retrouva dans un baquet de glace. Puis, les urgences prévenus, Cadèl hissa Mme Desmars sur ses épaules et nous entreprîmes de revenir devant mon immeuble, là où on avait donné rendez vous à l'ambulance. Moi en tête, le baquet de glace dans les mains, la tête perdu dans mes questions et parfaitement muette, Cadèl derrière, Mme Desmars sur les épaules, un filet de sang coulant dans le dos et son regard suppliant posé sur moi. C'est dans un silence tendu que nous rejoignîmes les urgences devant mon building. Après m'être assuré que Mme Desmars était hors de danger et la langue inutilisable, je proposai à Cadèl de venir chez moi répondre à mes interrogations, ce qu'il accepta avec un sourire gêné. Je composai le code lorsque soudain je me rappelai que je ne le connaissais pas. Embarrassé, Cadèl claqua des doigts et la porte s'ouvrit d'elle-même.
« Cela peut servir...« dit-il, rougissant de honte.
Je ne lui répondis pas et me contentai de passer. Nous montâmes les trois étages qui me séparaient de chez moi, rencontrâmes au passage Tigron, assis sur le seuil de l'appartement de sa maîtresse et miaulant piteusement, et finalement entrâmes chez moi. Le salon était lumineux, éclairé par le beau soleil d'été qui traversait les baies vitrées. Tout dans les tons brun et blanc, mon salon donnait une bonne image de
moi-même ; des photos où Cadèl et moi faisions les pitres posées sur la table basse, les vieux grigris que ma mère m'avaient laissés sur le buffet, des autocollants « Peace and Love », « Faites l'amour, pas la guerre » scotchés sur la télévision, tout dans ce salon montrait qui j'étais : un clown superstitieux et hippie par-dessus le marché! Non, disons plutôt une bonne vivante qui prend ses précautions et qui soutient les bonnes causes. Oui, c'est bien mieux comme cela! Cadèl entra à ma suite, ferma la porte et vint s'asseoir près de moi sur le canapé. Il y eut un court silence avant que Cadèl décide de se jeter à l'eau.
« Bien, par où commencer?
-Parle moi d'abord de toi, proposai-je sur un ton qui indiquait qu'il n'avait pas trop le choix, Qui es-tu vraiment?
-Je m'appelle bien Cadèl Merana. Mais par contre, je ne suis pas vraiment...humain...
-Pas humain? »
J'étais aussi interdite que si on m'avait annoncé la fin du monde. Bouche bée, je me demandai pendant quelques secondes si j'étais en train de rêver. Mais la douleur aiguë que j'eu en me pinçant me prouva que j'étais bien réveillée, et que je devais couper mes ongles, ils étaient beaucoup trop longs! Cadèl rougit devant ma perplexité et dit d'une toute petite voix.
« Je suis un Helme. Je viens d'une autre planète, Binns...Mon peuple possède des pouvoirs magiques dès la naissance. Le SAM aussi est un Helme, c'est pour ça qu'il possède aussi...ce don... »
Le temps que mon cerveau assimile ces informations, Cadèl avait déjà enchaîné.
« Je suis venu ici en mission pour mon roi. Je dois t'aider et te protéger...
-Mais pourquoi? Qu'est-ce que j'ai? Est-ce que je viens de là bas moi aussi?
-Non, ce ne sont pas tes origines qui t'ont donné tes pouvoirs, mais plutôt ta condition. C'est pour cela que tu intéresses le SAM.
-Oui, je me souviens, il avait dit quelque chose du genre « Tu es l'Elue et tu peux me servir »... Elue de quoi?
-Attends, avant cela, je dois te raconter une vieille légende de notre pays pour que tu comprennes. Il y a environ cinquante ans, un dieu du nom de Helm devint le roi de notre planète. Durant son règne, il trouva cinq pierres dotées de pouvoirs magiques fantastiques. Mais de tels objets étaient dangereux pour l'humanité. Aussi Helm eu la sage idée de confier ses pierres mystérieuses aux dirigeants des autres planètes. Le Saphir, pierre de l'eau et des créatures marines, fut donné aux imprévisibles sirènes vivant sur Waterlia, une planète recouverte par un océan infini. Le Diamant, pierre du vent et de l'air, eu pour gardien les fiers dragons de Dralm, la planète au sol volcanique. L'Émeraude, pierre des plantes et de la terre, fut confiée aux fées espiègles, habitantes de la forêt amazonienne depuis des années. Et le Rubis, pierre du feu et de la destruction, fut placé dans le trésor royal des Helmes.
-Alors, si j'ai bien compris ton histoire, il existe cinq pierres aux pouvoirs dangereux réparties sur des planètes où vivent des êtres fantastiques, c'est cela?
-Tout à fait, approuva Cadèl avec un grand sourire, Et, si tu as bien suivi, tu remarqueras que je ne t'ai cité que quatre pierres. La dernière, l'Ambre, la pierre de l'esprit et de l'âme, Helm en a caché la position. Personne ne sait où elle est.
-Mais dis moi Cadèl, quel est le rapport avec moi? demandai-je.
-Attends, il y a une autre légende que je dois te raconter. Ce sont ces fameuses pierres qui l'ont engendré et tu en fais partie. Il est dit qu'un jour viendra où l'Elue des pierres magiques, une jeune fille au c½ur immaculé, partirait à la recherche des cinq pierres afin de les rassembler en un point précis, la Montagne d'Helm. On dit que c'est là que Helm les aurait trouvé. Seule l'Elue peut trouver l'emplacement de l'Ambre, la dernière des cinq pierres. Mais il est aussi dit que l'incarnation du Diable chercherait à s'emparer des pierres avant elle et que, s'il arrivait que cela se produise, ce serait la fin de l'humanité. Voilà pourquoi on m'a envoyé ici: pour te protéger du Diable et t'aider dans ta quête. C'est toi, cette Elue dont parle la légende. Et le Diable, c'est...
-Le SAM, n'est-ce pas?
-Oui » soupira Cadèl.
Une once de désespoir perçait dans sa voix et je devinai pourquoi. Le SAM était un adversaire redoutable. Ce qui nous avait maintenu vivants, c'était uniquement l'utilité que j'avais à ses yeux. En fait, je n'avais rien à craindre tant que je n'avais pas trouvé l'Ambre. Mais qui sait ce qu'il ferait de moi après cela...et puis, Cadèl était en danger, le SAM essayerait sûrement de se débarrasser de lui. Il fallait donc être prudent.
« Clara, cela va te sembler un peu soudain mais...maintenant que le SAM t'a retrouvé, nous ne sommes plus en sécurité ici. Et j'ai peur qu'il trouve les pierres avant nous alors...
-Quoi? demandai-je, redoutant plus que tout ce qu'il allait dire.
-Nous devrions partir chercher les pierres dès maintenant. »
Exactement ce qui me faisait peur. Je blêmis, resta bouche bée plusieurs minutes puis m'emportai.
« Mais moi je n'ai rien demandé à personne! Pourquoi moi? Et qu'est-ce que tu fais de la fac, de mon avenir, de ma vie?
-Clara, si tu ne fais rien, il n'y aura plus ni fac, ni avenir, ni vie. Une seule de ces pierres a le pouvoir de détruire une planète entière! Tu es la seule à pouvoir trouver la dernière pierre, Clara...
-Mais après j'en fais quoi de ces pierres? questionnai-je, désespérée et frustrée par ce bouleversement de ma vie. Je n'y étais pas préparée.
-Quand tu les auras toutes, tu les poseras sur la stèle de pierre à l'intérieur de la Montagne d'Helm, tu feras un v½u et voilà! Ton rôle s'arrêtera là.
-Et pourquoi ne pas les détruire ces pierres, il n'y aurait plus aucun problème! proposai-je, au bord de la crise de nerf.
-Impossible, le monde en serait totalement détraqué. Je suis désolé de te dire cela, mais tu n'as pas le choix. Soit tu acceptes, soit tu condamnes tout l'univers. Ne t'en fais pas, je t'aiderais.
-Mais es tu sûre que c'est moi l'Elue? Et puis d'abord, comment peux-tu savoir si c'est vraiment moi?
-Grâce à mes pouvoirs. La première fois que nous nous sommes rencontrés, tu te souviens avoir ressenti une douleur lorsque je t'ai serré la main?
-Euh...oui » répondis-je, tâtonnant mes souvenirs tout en essayant de ne pas penser à maman. Oui, à bien y réfléchir, je me souvenais avoir eu un peu peur de Cadèl ce jour là. Par la suite, je n'avais pas pensé à lui parler de cet électrochoc, trop bouleversée par l'assassinat de maman. Maintenant qu'il abordait le sujet, j'eu une envie irrésistible de comprendre ce qui s'était passé. Était-ce le coup de foudre, comme dans les livres?
« Eh bien c'est un test que je t'ai fait passé. J'ai inspecté ton c½ur. Il est immaculée, comme le dit la légende. J'ai été très surpris de trouver en toi l'Elue que je cherchais. »
Je fut un peu déçue par cette réponse. C'était beaucoup moins romantique qu'un bon coup de foudre! Il m'adressa un sourire amical.
« Alors, que décides tu? Tu sauves le monde oui ou non?
Ses beaux yeux océan se plongèrent dans les miens. Serait-il en train de me faire du chantage affectif pour que j'accepte? Je restai indécise de longues minutes, les larmes aux yeux, puis annonçai dans un long soupir.
« Je vais le faire. Mais après, je veux que tout redevienne comme avant!
-Tu n'auras qu'à le demander une fois ta mission terminée. Cela te sera accordée.
-Alors, allons-y... »
Le rayonnement de joie sur le visage de Cadèl me redonna un peu le moral. Je n'avais pas encore conscience de l'importance de ce que je venais d'entreprendre, mais il en était mieux ainsi. Si j'avais véritablement compris que le sort de l'univers était entre mes mains, je n'aurais jamais pu faire ce que je fis par la suite. Pour l'instant, je n'avais compris qu'une chose: je tenais l'occasion rêvée de me venger de l'assassin de ma mère. Et, avec cette pensée en tête, plus rien ne pouvait ébranlée par détermination. Je m'appelle Clara, j'ai 21 ans, et je suis l'Elue.
merci beaucoup à tout ceux qi parleront de ce blog autour d'eux et qui laisseront des coms. envoyer moi vos propres fics! mon prochain article ne sera sûrement qu'à la rentrée alors jusque là, je vous souhaite de bonnes vacances et vous souhaite bonne chance dans l'écriture de vos fics. Au fait, pour ceux que cela intéresse, la fille sur la photo est nathalie portman, celle que jevois pour jouer Clara. merci!
-2-
La soie glissa sur ma peau. Je nouai le n½ud qui accrochait la robe dans mon dos et vérifiai plus d'une fois qu'il tenait bien. Je sortis de la salle de bain et vins me poster devant le miroir de ma chambre. Devant moi apparu une belle jeune fille de 15 ans, aux yeux verts pétillants de malice et dont les cheveux ondulés retombaient gracieusement dans le dos. Sa robe bleu marine épousait parfaitement sa silhouette féminine et ses chaussures vernies lui donnaient un air de petite fille modèle. Je fus satisfaite de mon reflet et tournai plusieurs fois sur moi-même pour vérifier que tout était parfait. J'allais m'emparer de ma boîte à bijoux lorsque j'entendis quelqu'un m'appeler au rez-de-chaussée. Je quittai ma chambre presque à regret et descendis les escaliers d'un pas joyeux. Ma mère m'attendait en bas. Elle esquissa un sourire ravi et me prit dans ses bras.« Chérie, tu es très belle, me murmura-t-elle.
-Merci maman » répondis-je simplement.
Je me dégageai de l'étreinte de ma mère car je venais de remarquer qu'un jeune homme attendait dans le salon. C'était un grand mat aux cheveux d'un noir de jais et aux yeux d'un bleu profond. Il regardait distraitement les nombreux grigris sur le buffet et ne semblait pas avoir remarquer mon regard insistant. Ma mère se décida alors à faire les présentations.
« Chérie, je te présente Cadèl Merana. Il m'a gentiment aidé à porter tes cadeaux d'anniversaire. »
Le jeune homme sortit de sa rêverie et m'adressa un sourire chaleureux.
« Enchanté de vous rencontrer, dit-il d'une voix enjoué, pardonnez moi, mais je doute que Chérie soit votre véritable prénom, je me trompe ?
-Non, je m'appelle Clara. Merci d'avoir aidé ma mère. »
Le jeune garçon avança sa main et je la lui serrai amicalement. Ce qui se passa alors restera toujours gravé dans ma mémoire. Au contact de sa main, une douleur courut le long de mon bras et me fit l'effet d'un électrochoc. Elle continua son chemin et atteignit bientôt ma poitrine. Je voulus me dégager mais la main du jeune homme me tenait fermement. Je lui jetai un regard inquiet mais il gardait son beau sourire. Soudain, la douceur du jeune homme se changea en surprise et ses yeux brillèrent pendant quelques secondes. Mais ce changement d'expression fut à peine perceptible, si bien que je me demande encore si je l'ai rêvé. Lorsqu'il me lâcha enfin, la douleur cessa brusquement.
« Je suis vraiment ravi de vous connaître ! » dit-t-il d'une voix douce.
Ma mère semblait n'avoir rien vu et continuait de sourire, visiblement fière de m'avoir trouvé un garçon respectable pour "nouveau petit copain" (ma mère tente toujours de me caser avec tous les garçons qu'elle apprécie). Le beau mat adressa un signe à ma mère et nous signala qu'il était attendu à l'orphelinat. Et il partit sans plus de cérémonie.
Restées seules dans le salon, un court silence s'installa entre ma mère et moi. Elle semblait anxieuse, un sentiment qui pourtant n'existait pas chez elle. Elle se tourna vers moi et, d'une voix déterminée, m'invita à m'asseoir sur le canapé du séjour.
« Il faut qu'on parle » finit-elle par me dire, histoire de me plonger moi aussi dans l'inquiétude.
Elle s'installa à mes côtés et me fixa longuement, ce qui me mit affreusement mal à l'aise. Lorsque enfin elle daigna ouvrir la bouche, quelqu'un toqua à la porte d'entrée. Étonnée, ma mère ne réagit pas tout de suite.
« Tu attends quelqu'un ? me demanda-t-elle sur un ton de reproche.
-Non, maman, on avait dit qu'on ne fêterait mon anniversaire que toutes les deux ! »
Le visiteur insista et ma mère finit par aller ouvrir. Je me penchai sur le canapé pour pouvoir apercevoir le nouveau venu. Il avait l'air très étrange : il était entièrement vêtu de noir et un capuchon cachait entièrement son visage. Une longue cape traînait dans son dos et son pantalon de cuir laissait entrevoir ses grandes bottes usées. Bien que surprise par cet étrange accoutrement, ma mère adressa à l'inconnu l'un de ses plus beaux sourires.
« Que voulez vous ? demanda-t-elle sur un ton amical.
-Je veux votre vie.
-Qu'est ce que... »
Mais ma mère ne put terminer sa phrase car l'étranger la prit par le cou et la souleva de terre, sous mes yeux effarés. Je mis quelques secondes à saisir qu'il était en train de la tuer et, folle de rage, me précipitait dans l'entrée.
« QUE FAITES VOUS À MA MERE ? LACHEZ LA TOUT DE SUITE ! »
L'homme en noir tourna la tête vers moi, nullement perturbé par mes hurlements et, tout en étranglant ma mère, claqua des doigts. Tout à coup, mes jambes se raidirent et je ne pu faire un pas de plus. Un frisson glacé courut le long de ma jambe et, malgré toutes mes protestations, mes pieds refusèrent de bouger. Un rire guttural jaillit sous le capuchon noir et l'étranger lâcha ma mère qui, entre la vie et la mort, tomba lourdement sur le sol. Il s'approcha de moi à pas feutrés et colla lentement son visage contre le mien. Nos nez se touchant, je pus sentir son souffle froid sur mes lèvres et une vague de terreur s'empara de chaque fibre de mon être.
« Rappelle toi toute ta vie que c'est le SAM qui t'aura rendu orpheline...murmura-t-il d'une voix glacée, N'oublie jamais... »
Il claqua des doigts et, lentement, je me mis à chuter tandis qu'un voile noir s'abaissait sur mes yeux.
« Mademoiselle Vernando ! Allons donc ! »
Des éclats de rire fusèrent autour de moi. Je sentis que quelqu'un me donnai un coup de coude mais je ne réagis pas : je n'avais de cesse que de penser à ma mère, écroulée sur le sol de l'entrée. Mais, comme les coups se firent de plus en plus insistants, je daignai ouvrir un ½il. Devant moi, se tenait la silhouette effilée de Mme Pinseq, professeur de littérature à la fac de journalisme de Stargam City. Son air pincé me dit que je ne n'allais pas tarder à essuyer une de ses colères mémorables dont elle avait le secret. En effet, elle retroussa sa lèvre supérieure et j'entendis presque sa langue de vipère siffler entre ses dents.
« Depuis quand dormez vous en classe, Melle Vernando ?
-Hein ? Dormir ? m'exclamais-je.
-Parfaitement jeune fille, et vous savez que le règlement de l'établissement m'oblige à...
« Je dormais ? Mais je croyais que ma mère était en train de mourir ! Ah oui, c'est vrai, j'ai rêvé. Tu le sais pourtant ma grande, tous les ans tu refais le même rêve. Quel mauvais souvenir, franchement, la veille de mon anniversaire, ce n'est pas très sympa de la part de mon inconscient de me faire revivre cette horrible journée ! »
-...après midi pour te reposer !
-Pardonnez moi, je n'écoutais pas. »
Les élèves de ma classe rirent bruyamment devant mon audace et chacun attendit avec impatience la réaction de la sulfureuse Mme Pinseq. Celle ci, en effet, vira au rouge cramoisi et, si on avait été dans un dessin animé, des volutes de fumée se serait sûrement échappées de ses oreilles.
« Jeune fille, vous avez beau avoir 21 ans, cela ne vous donne pas le droit de négliger mes réprimandes !
-Mais elle est encore dans le brouillard madame, elle vient de se réveiller !
-Martin, tu me feras une dissertation sur les commentaires désobligeants que tu fais à tout bout de champ pendant mes cours ! explosa la prof avant de darder son regard courroucé sur moi, quant à vous, je vous signale que, pendant que vous ronfliez, j'ai annoncé à vos camarades que vous avez quartier libre cet après midi en l'absence de votre professeur d'économie. Il aurait été dommage de n'avoir pas été informée, n'est ce pas, Melle Vernando ? »
C'est ce moment précis que choisit la cloche pour annoncer la fin des cours. Sauvée par le gong ! Sans prêter plus attention à l'expression choquée de Mme Pinseq, je lui filai sous le nez sans même lui adresser un regard. J'attendis mon amie Marine qui tardait à se remettre de son fou rire.
« Non franchement Clara, t'as mis un somnifère dans ton verre ce midi ou quoi ? me dit-elle sur un ton amusé.
-Mais pas du tout ! répliquai-je aussitôt, tu sais pourquoi ! Demain, c'est mon anniversaire !
-Ah oui ! Et cette année n'a pas fait exception ?
-Je crains que non » soupirai-je.
Marine me dévisagea et entreprit de me redonner le sourire.
« Tu n'as toujours pas revu le visage de ce gugus ? me demanda-t-elle avec la spontanéité qui me plaisait tant chez elle.
-Non. C'est toujours flou. Et pourtant, il est si près de mon visage...Je sens encore la froideur de son souffle. Mais du reste, je ne vois ni ses yeux, ni ses cheveux, ni rien d'autre. Comme si je le faisais exprès ! C'est tout ce que je veux, revoir le visage de cette pourriture et l'écraser...
-Elle s'appelle comment la pourriture ? questionna Marine pour la énième fois depuis que je la connaissais.
-C'est le SAM. Ah si je le retrouve...il va voir ! »
Ivre de colère, j'écrasais avec animosité le pied de celui qui marchait derrière moi et, omettant de m'excuser, quittait Marine devant la fac. Furibonde, je remontai la côte qui me séparait de ma rue lorsque quelqu'un m'appela. Je me retournai et constatai qu'un jeune homme me courait après. Il semblait essoufflé et ses cheveux d'un noir de jais retombaient lourdement sur sa belle peau mat, cachant en partie ses yeux océan.
« Tu as omis de me dire au revoir, Clara Vernando ! dit-il sur un ton empli de reproches.
-Oh, quel beau langage, Cadèl Merana, comme toujours ! Tu n'es pas en cours ?
-Il nous laisse du temps pour réviser nos examens, déclara-t-il avant d'ajouter avec un grand sourire, je t'accompagne chez toi ?
-Avec joie ! »
Il se joignit à mes pas et nous remontâmes tous deux la rue Valins Perronet. Je le regardai distraitement et ne pu m'empêcher d'associer Cadèl à ce fameux jour. Je m'en souviendrais toujours, j'avais connu ce jeune homme de 17 ans le jour même de la mort de ma mère. A présent, il avait 23 ans et, tout comme moi, faisait des études de journalisme. Je pense qu'il est de loin mon ami le plus cher, car il fut le premier à venir vers moi après l'assassinat de maman. Arrivée à l'orphelinat, j'étais vraiment perdue et désespérée et la seule personne à venir me réconforter fut Cadèl. Lui aussi était orphelin et il était ici depuis ses quatorze ans. Il me réconforta avec la tendresse d'un frère et nous devînmes très vite amis. Ce ne fut que plus tard que j'appris que lui aussi avait perdu ses parents lors d'une rencontre avec le SAM, ce qui nous rapprochait encore plus. Mais aujourd'hui, curieusement, un grand silence planait entre nous. Il n'était certes pas étrange que Cadèl fût muet, après tout, il ne parlait que quand il y voyait une utilité. Mais que moi aussi je fusse silencieuse, ce n'était pas banal ! A ma grande surprise, ce fut Cadèl qui prit la parole en premier.
« Alors, c'est toujours d'accord pour ce soir ? me demanda-t-il avec un aimable sourire qu'il ne réservait qu'à moi.
-Oui, bien sûr. Mais dis moi, pourquoi m'invites tu au restaurant un vendredi soir ? Tu sais bien que le vendredi, tu viens manger des plats ratés chez moi avant notre bataille d'oreillers habituelle !
-Je sais bien, mais il y a quelque chose que j'aurais du te dire il y a longtemps et je pense qu'il serait temps que tu le saches. Et je voulais te l'annoncer autour d'une table. »
Sa réflexion me figea et je m'arrêtai tandis qu'il continuait à gravir la côte. Il se retourna et discerna mon expression perplexe. Comme si il lisait mes pensées, il rougit et s'empressa de nier ce à quoi je pensais.
« Je ne suis pas amoureux de toi ! s'empressa-t-il de dire, avec une gêne apparente qui me montrait qu'il ne tenait absolument pas à ce que je me fasse cette idée.
-Ah..........Dommage ! Ça fait toujours plaisir d'avoir un admirateur ! »
Il me lança un sourire amusé et nous continuâmes notre chemin dans un silence complice.
Arrivé devant chez moi, il m'adressa un clin d'½il en me donnant rendez vous devant le restaurant indien du quartier un peu plus tard dans la soirée. Et il s'en alla en me laissant seul devant mon building. C'était un immense bâtiment qui servait autrefois d'usine pour une grande fabrique de chaussures. A présent, la façade tombait en morceaux et la couleur lugubre de la peinture ne donnait vraiment pas envie d'y entrer. En avançant vers la porte d'entrée, je croisai ma voisine de palier, Mme Desmars, une bonne femme qui ne me disait jamais bonjour et qui regardait d'un air dédaigneux les cheveux ondulés qu'elle m'enviait depuis toujours (en cachette bien sur, elle ne cessait de critiquer « la tignasse brune de la voisine » lorsque je l'écoutais). Je lui adressai un bonjour poli auquel elle répondit par un examen détaillé de ma coupe de cheveux.
« Vous les avez coupés, me dit-elle avec dédain.
- De deux centimètres ! ricanai-je, ce qui lui arracha un sourire dégoûté.
-J'aurai dit trois... »lâcha-t-elle en me tournant le dos et en s'éloignant vers les maisons voisines.
Derrière elle, gambadait Tigron, un chat tigré qui ne la lâchait jamais. Il cracha sur mon passage et je du me faire violence pour me retenir de lui donner un coup de pied. Tiens, quel plaie aussi ce chat...comme sa maîtresse! Arrivé devant la porte de mon immeuble, je composais machinalement le code censé ouvrir la porte. Je dis censé car cette fois, la porte resta muette. Je recommençai, mais toujours aucune réponse. Aurait-on changé le code sans me prévenir? A contrecoeur, je me retournais pour demander le code à Mme Desmars. Mais je fut forcé de constater qu'elle n'était plus là. Mon unique espoir venait de s'envoler! Fait étrange vu que ses jambes trop courtes ne lui permettaient pas de tenir une cadence assez rapide pour sortir de mon champ de vision en quelques secondes.
« Mme Desmars? » appelai-je, naïvement puisque, même si elle m'entendait, elle se ferait un plaisir de faire la sourde oreille.
Ce ne fut pas la voix perfide de la vielle dame qui me répondit mais le feulement terrifié de Tigron. Le poil hérissé, il passa entre mes jambes et fila se cacher sous une voiture. Je trouvais étrange qu'il quitte Mme Desmars, et surtout qu'il passe si près de moi sans prendre la peine de me griffer. La chose qui l'avait effrayé devait être considérable. Un peu inquiète, je renouvelai mon appel.
« Mme Desmars, vous m'entendez? »
Cette fois, j'eu une réponse. Un hurlement perçant et paniqué de vieille dame, ainsi qu'un rire guttural, angoissant et particulièrement sifflant. Un frisson parcourut mon dos. Je reconnu le hurlement, c'était celui de Mme Desmars. Mais ce qui me terrifia, ce fut de reconnaître également le rire. C'était celui que le SAM avait émit en tuant ma mère. Je fus projetée six ans plus tôt, alors que son nez touchait le mien et que son souffle glacé effleurait mes lèvres. Une bouffée de colère monta en moi, mais la terreur me tétanisait. Le rire emplit mes oreilles et je revis maman, à mon réveil, un couteau planté dans le ventre mais encore vivante. Tandis que son sang coulait sur le tapis, j'avais appelé le SAMU. Mais à l'instant où on l'avait embarqué dans la voiture, elle avait expiré. Les larmes aux yeux, je du me rendre à l'évidence. Je ne pouvais accepté qu'une nouvelle personne meurt ainsi, même si cette personne était ma vieille harpie de voisine.
« Mme Desmars! Je viens à votre secours! Tenez bon! » hurlai-je tandis que le rire de l'assassin s'estompait de mes pensées et que ma mère agonisante disparaissait de mes souvenirs.
Je me mis alors à courir, le plus vite que je pouvais, tandis que je continuai d'appeler ma voisine en espérant ne pas arriver trop tard. Je traversai plusieurs ruelles, et à chaque fois, le nombre de passants diminuait. Finalement, je m'arrêtai, complètement perdue, dans une avenue déserte. Cela faisait longtemps qu'elle était abandonnée, la plupart des habitants du quartier ne connaissaient même pas son existence. Les immeubles étaient très hauts, il régnait ici une impression de renfermer très désagréable, comme si y rentrer signifiait ne jamais en sortir. L'étroitesse de cette avenue accentua ma pensée d'avoir été attirée dans un piège et fit ressortir mon côté claustrophobe. Je chassai vivement le mal-être qui commençait à me gagner et cherchais des yeux une trace de Mme Desmars. Je l'aperçus finalement un peu plus loin dans l'allée, allongée par terre sur le ventre et immobile comme une statue. Je la rejoignis en courant et m'agenouillai près d'elle.
« Mme Desmars, vous allez bien? »
Je vérifiai son pouls. Il battait encore, elle était seulement évanouie. Je vis alors qu'il y avait une flaque de sang sous sa tête. Je la mis sur le dos et lâchai un cri de frayeur. Le sang venait de sa bouche ; on lui avait coupé la langue. Maîtrisant au mieux mon dégoût, je cherchai une trace de l'organe manquant. Lorsque, pour une raison inconnue, je me mis à avoir la chair de poule. Une évidence vint me frapper de plein fouet et je blêmis: Où était donc le SAM? Instinctivement, je me retournai. Sur le mur, une grande marque rouge s'étalait et coulait horriblement. Écrit avec du sang, des lettres aux formes inquiétantes formaient ce message qui m'effraya: Retourne toi. Très lentement, je tournai la tête. Derrière moi, une grande forme noire, encapuchonnée et affublée de bottes au cuir usé. Les mêmes vêtements que le jour de la mort de maman. Le SAM émit un petit rire qui n'avait rien de joyeux et me montra sa main. Il tenait quelque chose de rose, gluant et qui s'agitait encore.
« C'est cela que tu cherches? » dit il d'une voix amusé.
Il jeta à mes pieds la « chose » qu'il avait en main et je faillis m'évanouir de peur en reconnaissant une langue. Il rie, satisfait de la peur qui paralysait mes membres. La langue arrêta de s'agiter et gis là, près de son ancienne propriétaire, encore évanouie. Je regardai avec horreur le meurtrier noir sortir un grand couteau ensanglanté de son étui, l'essuyer méthodiquement sur sa cape et finalement, lécher les quelques gouttes restantes sur la lame. Puis, il tourna la tête vers moi et je sentis son regard de dément se poser sur moi. Je me relevai précipitamment et fis quelques pas en arrière.
« Pourquoi moi? demandai-je, au bord de la panique, Je suis une fille comme les autres, pourquoi vouloir me tuer? Et pourquoi ne pas m'avoir tué en même temps que ma mère? J'aurais préféré cela à vivre dans la souffrance toutes ces années. Qu'est-ce que vous me voulez, à la fin?
-Cela fait beaucoup de questions à la fois, jeune fille...remarqua-t-il avec une pointe de moquerie, Je veux bien te répondre, je te dois bien cela! Ce que je te veux? Ce n'est pas toi qui m'intéresse, mais ce que tu as...
-Mais qu'ais-je donc pour que vous vouliez ma mort? demandai-je, reculant encore un peu plus.
-Des pouvoirs, jeune fille. Tes pouvoirs m'intéressent. »
Surprise, je me mis à le voir autrement. Il était fou! Mais un fou avec un couteau...Je lui fis remarquer, sans le vexer pour autant, que les pouvoirs magiques n'existaient pas. Il rie de plus belle.
« Vraiment? Tu crois cela? dit-il avec sarcasme, Alors, explique moi comment ais-je pu te figer le jour où j'ai tué ta mère, alors que tu te ruais sur moi? Il n'y avait pas de colle par terre, alors pourquoi tes jambes ont-elles cessées de fonctionner? »
Il avait raison. Je me souvenais parfaitement du sentiment de paralysie qui s'était emparé de mes jambes, ainsi que de ce frisson glacé dans mon sang. Alors, le SAM était un fou avec un couteau ET un sorcier? Je reculai encore d'un pas. Je rencontrai alors le mur, beaucoup trop tôt à mon goût. Tentant de me sauver, je m'exclamai.
« Mais vous vous êtes trompé de personne! Je n'ai pas de pouvoirs magiques! Je suis...normale!
-C'est toi qui te trompe, dit-il calmement, Tu as des pouvoirs, et même des pouvoirs très puissants, mais tu n'en as pas conscience. Tu ne t'ais pas demandé pourquoi ta mère était encore vivante après ce que je lui avais fait? Parce que tes pouvoirs la protégeaient de la mort. Et quand est-elle morte? »
Je me remémorai cette journée, et je fus forcer de répondre, la voix brisé.
« Quand elle a été séparée de moi.
-Exactement, jeune fille, dit-il avant d'annoncer, la voix emplie d'excitation, Et ces pouvoirs que tu as, je compte bien les récupérer!
-Prenez les si vous voulez, mais laissez moi tranquille! m'exclamai-je avec une panique non feinte.
-Mais il n'y a qu'avec ta mort que je peux les avoir, m'informa-t-il avant de brandir son couteau, Pas de chance! Adieu! »
Je me mis à hurler de toute la force dont j'étais capable tandis qu'il s'approchait de moi, l'arme en avant et un rire perfide sous le capuchon. Lorsque soudain, quelqu'un cria quelques rues plus loin. Le SAM se figea et nous tendîmes tous deux l'oreille, faisant un silence absolu. Le cri se refit de nouveau. Mais ce n'était pas un cri ; c'était une voix d'homme, un homme qui appelait quelqu'un.
« Clara? Est-ce que c'est toi? Où es-tu? »
Je reconnaissais cette voix, mais il me fallut un moment pour comprendre qui c'était. Cadèl! Je sentis mon c½ur rebattre à l'idée qu'il viendrait me sauver. Mais bien vite, en entendant le rire du SAM, le bonheur fit place à l'horreur. J'avais déjà oublié que le SAM était un sorcier, alors que Cadèl n'était même pas armé! Il allait se faire tuer si je ne faisais rien. Alors, sachant que ces mots me conduisaient à ma perte, je me mis à hurler.
« Cadèl, sauve toi! Il va te... »
Je ne puis rien dire de plus. Le SAM avait claqué des doigts et ma voix m'avait quitté instantanément. Il claqua des doigts de nouveau et une corde vint ligoter mes mains et mes pieds.
« Reste tranquille un moment, m'ordonna l'assassin d'une voix terrifiante, Pourquoi ne veux-tu pas que ton ami vienne se joindre à nous? Je me ferai un plaisir de l'accueillir comme il se doit...Ne bouge pas, je reviens dans une minute. Je te donnerai l'occasion de dire adieu à ton ami, ne t'en fais pas. »
Il m'abandonna là, emmaillotée de partout et muette, et s'en alla. Je le suivis des yeux et le perdit de vue lorsqu'il bifurqua dans une allée sombre. Dénuée de tous moyens, j'entrepris de me défaire de la corde qui ligotait mes mains. Mais rien à faire, le n½ud était bien trop serré. J'attendis de longues minutes, tendant l'oreille pour être mise au courant de la tournure des évènements. Mais tout était affreusement silencieux et je du rester ainsi, dans une ignorance qui suscita ma panique démesurée. Lorsque soudain, j'entendis des pas, dans la ruelle d'à côté. Ses pas couraient et les halètements de leur propriétaire m'informèrent qu'il venait de faire une course effrénée. Mon c½ur fit un bond lorsque je reconnu la peau mat de Cadèl surgir d'une avenue voisine. Il était en nage et ses yeux trahissaient qu'il avait eu la frousse. Lorsqu'il me vit, il me sourit avec soulagement et me rejoignis d'un pas rapide.
« Faut pas traîner, il est juste derrière! me confia-t-il d'une voix saccadée, Il ne t'a rien fait? Clara, réponds moi! »
Je lui fis signe que je ne pouvais pas parler. Il vit alors que mes mains étaient ligotées et entreprit de défaire le n½ud. Mais pendant qu'il me libérait, la silhouette noire du SAM sortit furtivement d'une autre rue. Il était tellement silencieux que Cadèl ne l'entendit pas. Je voulu le prévenir, mais ma voix n'était toujours pas revenue. Le meurtrier se glissa derrière lui et, ironiquement, me fit signe de son doigt que je devais me taire. Paniquée, j'agitais les mains en tous sens.
« Mais qu'est qui te prend, Clara? demanda Cadèl avec agacement, Reste tranquille que je puisse t'enlever cela! »
Le SAM claqua des doigts et une boule verte apparut entre ses deux mains. Et la boule grossissait à vue d'½il, et je pouvais voir un courant électrique courir sur sa surface. Lorsque enfin Cadèl finit de me détacher, je lui montrai du doigt le SAM, juste derrière lui. Le jeune mat se retourna au moment où la boule verte était aussi grosse qu'un ballon de foot. Le SAM nous envoya alors sa décharge électrique, éclatant d'un rire glacial et satisfait. Je m'agrippai aux épaules de Cadèl et fermai les yeux. J'entendis une détonation et le sol trembla sous moi. Je mis mes bras autour du cou de Cadèl et murmurai.
« C'est la fin... »
Puis, quelques secondes passèrent, longues et silencieuses. J'ouvris les yeux et ce que je vis m'arracha un cri de surprise. Un voile rouge nous enveloppait Cadèl et moi, et des zébrures orange couraient à sa surface. La boule d'énergie envoyé par le SAM se faisait absorbé par ce bouclier et maigrissait à vue d'½il. Mais la provenance de cette protection me laissa encore plus abasourdi ; elle provenait des mains de Cadèl. Les paumes tournées vers l'extérieur, il avait une expression de concentration extrême, tandis que de ses mains s'échappait un filament orange relié au bouclier. Je restai perplexe, ne pouvant qu'admirer les pouvoirs fabuleux qui agissaient sous mes yeux. Ce voile magique ne semblait pas contrarier le SAM qui au contraire lâcha un petit rire sadique. Je compris pourquoi lorsque je sentis Cadèl trembler ; le bouclier s'éclaircit et diminua d'épaisseur. De rouge, il passa au orange, puis au jaune pâle tandis que mon ami tremblait toujours plus violemment. Et lorsque finalement le voile disparut, Cadèl s'évanouit et tomba dans mes bras. Je me retrouvai alors seule face au SAM, qui avait patiemment attendu que le jeune homme s'épuise et que notre protection s'évapore. Il s'approcha prudemment, avança sa main pour vérifier que le bouclier s'était bien éclipsé et, ne rencontrant que le vide, gloussa d'aise. Il tourna la tête vers moi et leva son couteau. Je serrai la tête de Cadèl contre moi d'une main et me protégeait le visage de l'autre. Mais le SAM resta immobile et finalement, rabaissa le bras.
« Non, après tout, tu peux me servir...marmonna-t-il pour lui-même, Tu es l'Elue, j'ai besoin de toi pour trouver l'Ambre. Tu as de la chance, jeune fille! Tu ne mourras pas aujourd'hui. Mais, dès que j'aurais les cinq pierres...je te tuerai. »
Sur ce, il claqua des doigts et disparut dans un nuage de fumée.
Je restais de longues minutes silencieuse, Cadèl évanoui couché près de moi. Après avoir libéré mes pieds, j'avais attendu en silence que Cadèl revienne à lui. Des tas de questions se bousculaient dans ma tête et je pensais que Cadèl pourrait peut-être y répondre. Ce qui m'intriguait le plus, c'était les dernières paroles du SAM. C'était quoi cette histoire d'Elue? Et...d'Ambre? Et que sont les cinq pierres que le SAM convoite? Et puis, pourquoi aurai-je des pouvoirs? D'où viennent-ils? En ai-je vraiment? Et Cadèl en aurait aussi? Pourquoi je suis jamais au courant de rien? Pourquoi me cache-t-on des choses? Pourquoi? J'arrêtais là la farandole des questions car Cadèl venait d'ouvrir les yeux. Il se releva lentement, se situa, me vit et ne dit rien.
« Alors, ça va la Belle aux Bois Dormant? » voulu-je dire mais j'étais toujours aphone. Je me contentai donc de lui lancer un regard carnassier. J'étais rancunière vis-à-vis du mensonge et des cachotteries de ce genre.
« Il est parti? » demanda Cadèl d'une petite voix. Apparemment, il semblait avoir honte de ne m'avoir rien dit.
Je ne lui répondis pas. Il claqua des doigts et je sentis ma gorge se réchauffer. Je lui adressai un regard haineux et dit d'une voix neutre.
« Je vois que toi aussi tu as ton diplôme de prestidigitateur.
-Écoute, à propos de ça...
-Laisse tomber. Je ne suis pas prête à entendre ça pour le moment.
-Tu sais, c'est de cela dont je voulais te parler au dîner...
-Laisse tomber, je te dis. »
Je me relevai sans même lui adresser un regard et m'approchai de Mme Desmars. La pauvre était toujours évanouie et sa langue se desséchait à vue d'½il. Je m'agenouillai près d'elle et vérifiai si elle était toujours vivante. Je sentis Cadèl arriver derrière moi, les pieds traînants. Sans même me retourner, je lui ordonnai d'un ton indifférent.
« Aide moi à la transporter. On va appeler le SAMU. Et cette fois, je ne ferai pas l'erreur de la laisser mourir dans l'ambulance.
-Clara, écoute...
-Appelle! »
Sans un mot, Cadèl sortit son portable et appela les urgences. De mon côté, je ramassai, non sans dégoût, la langue de Mme Desmars et évaluai les chances de pouvoir la sauver d'affaire. C'était bien maigre et je n'étais pas sûre que l'on pouvait recoudre une langue. Mais dans le doute, je décidais de tenter. Je demandais à Cadèl ce que je pouvais faire. Sans un mot, il claqua des doigts et la langue se retrouva dans un baquet de glace. Puis, les urgences prévenus, Cadèl hissa Mme Desmars sur ses épaules et nous entreprîmes de revenir devant mon immeuble, là où on avait donné rendez vous à l'ambulance. Moi en tête, le baquet de glace dans les mains, la tête perdu dans mes questions et parfaitement muette, Cadèl derrière, Mme Desmars sur les épaules, un filet de sang coulant dans le dos et son regard suppliant posé sur moi. C'est dans un silence tendu que nous rejoignîmes les urgences devant mon building. Après m'être assuré que Mme Desmars était hors de danger et la langue inutilisable, je proposai à Cadèl de venir chez moi répondre à mes interrogations, ce qu'il accepta avec un sourire gêné. Je composai le code lorsque soudain je me rappelai que je ne le connaissais pas. Embarrassé, Cadèl claqua des doigts et la porte s'ouvrit d'elle-même.
« Cela peut servir...« dit-il, rougissant de honte.
Je ne lui répondis pas et me contentai de passer. Nous montâmes les trois étages qui me séparaient de chez moi, rencontrâmes au passage Tigron, assis sur le seuil de l'appartement de sa maîtresse et miaulant piteusement, et finalement entrâmes chez moi. Le salon était lumineux, éclairé par le beau soleil d'été qui traversait les baies vitrées. Tout dans les tons brun et blanc, mon salon donnait une bonne image de
moi-même ; des photos où Cadèl et moi faisions les pitres posées sur la table basse, les vieux grigris que ma mère m'avaient laissés sur le buffet, des autocollants « Peace and Love », « Faites l'amour, pas la guerre » scotchés sur la télévision, tout dans ce salon montrait qui j'étais : un clown superstitieux et hippie par-dessus le marché! Non, disons plutôt une bonne vivante qui prend ses précautions et qui soutient les bonnes causes. Oui, c'est bien mieux comme cela! Cadèl entra à ma suite, ferma la porte et vint s'asseoir près de moi sur le canapé. Il y eut un court silence avant que Cadèl décide de se jeter à l'eau.
« Bien, par où commencer?
-Parle moi d'abord de toi, proposai-je sur un ton qui indiquait qu'il n'avait pas trop le choix, Qui es-tu vraiment?
-Je m'appelle bien Cadèl Merana. Mais par contre, je ne suis pas vraiment...humain...
-Pas humain? »
J'étais aussi interdite que si on m'avait annoncé la fin du monde. Bouche bée, je me demandai pendant quelques secondes si j'étais en train de rêver. Mais la douleur aiguë que j'eu en me pinçant me prouva que j'étais bien réveillée, et que je devais couper mes ongles, ils étaient beaucoup trop longs! Cadèl rougit devant ma perplexité et dit d'une toute petite voix.
« Je suis un Helme. Je viens d'une autre planète, Binns...Mon peuple possède des pouvoirs magiques dès la naissance. Le SAM aussi est un Helme, c'est pour ça qu'il possède aussi...ce don... »
Le temps que mon cerveau assimile ces informations, Cadèl avait déjà enchaîné.
« Je suis venu ici en mission pour mon roi. Je dois t'aider et te protéger...
-Mais pourquoi? Qu'est-ce que j'ai? Est-ce que je viens de là bas moi aussi?
-Non, ce ne sont pas tes origines qui t'ont donné tes pouvoirs, mais plutôt ta condition. C'est pour cela que tu intéresses le SAM.
-Oui, je me souviens, il avait dit quelque chose du genre « Tu es l'Elue et tu peux me servir »... Elue de quoi?
-Attends, avant cela, je dois te raconter une vieille légende de notre pays pour que tu comprennes. Il y a environ cinquante ans, un dieu du nom de Helm devint le roi de notre planète. Durant son règne, il trouva cinq pierres dotées de pouvoirs magiques fantastiques. Mais de tels objets étaient dangereux pour l'humanité. Aussi Helm eu la sage idée de confier ses pierres mystérieuses aux dirigeants des autres planètes. Le Saphir, pierre de l'eau et des créatures marines, fut donné aux imprévisibles sirènes vivant sur Waterlia, une planète recouverte par un océan infini. Le Diamant, pierre du vent et de l'air, eu pour gardien les fiers dragons de Dralm, la planète au sol volcanique. L'Émeraude, pierre des plantes et de la terre, fut confiée aux fées espiègles, habitantes de la forêt amazonienne depuis des années. Et le Rubis, pierre du feu et de la destruction, fut placé dans le trésor royal des Helmes.
-Alors, si j'ai bien compris ton histoire, il existe cinq pierres aux pouvoirs dangereux réparties sur des planètes où vivent des êtres fantastiques, c'est cela?
-Tout à fait, approuva Cadèl avec un grand sourire, Et, si tu as bien suivi, tu remarqueras que je ne t'ai cité que quatre pierres. La dernière, l'Ambre, la pierre de l'esprit et de l'âme, Helm en a caché la position. Personne ne sait où elle est.
-Mais dis moi Cadèl, quel est le rapport avec moi? demandai-je.
-Attends, il y a une autre légende que je dois te raconter. Ce sont ces fameuses pierres qui l'ont engendré et tu en fais partie. Il est dit qu'un jour viendra où l'Elue des pierres magiques, une jeune fille au c½ur immaculé, partirait à la recherche des cinq pierres afin de les rassembler en un point précis, la Montagne d'Helm. On dit que c'est là que Helm les aurait trouvé. Seule l'Elue peut trouver l'emplacement de l'Ambre, la dernière des cinq pierres. Mais il est aussi dit que l'incarnation du Diable chercherait à s'emparer des pierres avant elle et que, s'il arrivait que cela se produise, ce serait la fin de l'humanité. Voilà pourquoi on m'a envoyé ici: pour te protéger du Diable et t'aider dans ta quête. C'est toi, cette Elue dont parle la légende. Et le Diable, c'est...
-Le SAM, n'est-ce pas?
-Oui » soupira Cadèl.
Une once de désespoir perçait dans sa voix et je devinai pourquoi. Le SAM était un adversaire redoutable. Ce qui nous avait maintenu vivants, c'était uniquement l'utilité que j'avais à ses yeux. En fait, je n'avais rien à craindre tant que je n'avais pas trouvé l'Ambre. Mais qui sait ce qu'il ferait de moi après cela...et puis, Cadèl était en danger, le SAM essayerait sûrement de se débarrasser de lui. Il fallait donc être prudent.
« Clara, cela va te sembler un peu soudain mais...maintenant que le SAM t'a retrouvé, nous ne sommes plus en sécurité ici. Et j'ai peur qu'il trouve les pierres avant nous alors...
-Quoi? demandai-je, redoutant plus que tout ce qu'il allait dire.
-Nous devrions partir chercher les pierres dès maintenant. »
Exactement ce qui me faisait peur. Je blêmis, resta bouche bée plusieurs minutes puis m'emportai.
« Mais moi je n'ai rien demandé à personne! Pourquoi moi? Et qu'est-ce que tu fais de la fac, de mon avenir, de ma vie?
-Clara, si tu ne fais rien, il n'y aura plus ni fac, ni avenir, ni vie. Une seule de ces pierres a le pouvoir de détruire une planète entière! Tu es la seule à pouvoir trouver la dernière pierre, Clara...
-Mais après j'en fais quoi de ces pierres? questionnai-je, désespérée et frustrée par ce bouleversement de ma vie. Je n'y étais pas préparée.
-Quand tu les auras toutes, tu les poseras sur la stèle de pierre à l'intérieur de la Montagne d'Helm, tu feras un v½u et voilà! Ton rôle s'arrêtera là.
-Et pourquoi ne pas les détruire ces pierres, il n'y aurait plus aucun problème! proposai-je, au bord de la crise de nerf.
-Impossible, le monde en serait totalement détraqué. Je suis désolé de te dire cela, mais tu n'as pas le choix. Soit tu acceptes, soit tu condamnes tout l'univers. Ne t'en fais pas, je t'aiderais.
-Mais es tu sûre que c'est moi l'Elue? Et puis d'abord, comment peux-tu savoir si c'est vraiment moi?
-Grâce à mes pouvoirs. La première fois que nous nous sommes rencontrés, tu te souviens avoir ressenti une douleur lorsque je t'ai serré la main?
-Euh...oui » répondis-je, tâtonnant mes souvenirs tout en essayant de ne pas penser à maman. Oui, à bien y réfléchir, je me souvenais avoir eu un peu peur de Cadèl ce jour là. Par la suite, je n'avais pas pensé à lui parler de cet électrochoc, trop bouleversée par l'assassinat de maman. Maintenant qu'il abordait le sujet, j'eu une envie irrésistible de comprendre ce qui s'était passé. Était-ce le coup de foudre, comme dans les livres?
« Eh bien c'est un test que je t'ai fait passé. J'ai inspecté ton c½ur. Il est immaculée, comme le dit la légende. J'ai été très surpris de trouver en toi l'Elue que je cherchais. »
Je fut un peu déçue par cette réponse. C'était beaucoup moins romantique qu'un bon coup de foudre! Il m'adressa un sourire amical.
« Alors, que décides tu? Tu sauves le monde oui ou non?
Ses beaux yeux océan se plongèrent dans les miens. Serait-il en train de me faire du chantage affectif pour que j'accepte? Je restai indécise de longues minutes, les larmes aux yeux, puis annonçai dans un long soupir.
« Je vais le faire. Mais après, je veux que tout redevienne comme avant!
-Tu n'auras qu'à le demander une fois ta mission terminée. Cela te sera accordée.
-Alors, allons-y... »
Le rayonnement de joie sur le visage de Cadèl me redonna un peu le moral. Je n'avais pas encore conscience de l'importance de ce que je venais d'entreprendre, mais il en était mieux ainsi. Si j'avais véritablement compris que le sort de l'univers était entre mes mains, je n'aurais jamais pu faire ce que je fis par la suite. Pour l'instant, je n'avais compris qu'une chose: je tenais l'occasion rêvée de me venger de l'assassin de ma mère. Et, avec cette pensée en tête, plus rien ne pouvait ébranlée par détermination. Je m'appelle Clara, j'ai 21 ans, et je suis l'Elue.
merci beaucoup à tout ceux qi parleront de ce blog autour d'eux et qui laisseront des coms. envoyer moi vos propres fics! mon prochain article ne sera sûrement qu'à la rentrée alors jusque là, je vous souhaite de bonnes vacances et vous souhaite bonne chance dans l'écriture de vos fics. Au fait, pour ceux que cela intéresse, la fille sur la photo est nathalie portman, celle que jevois pour jouer Clara. merci!
