la fierté de ma vie...bonne lecture!
« Karcca, mais qu'est ce que tu fais ? » s'exclama le jeune homme.
Un peu plus loin, le tumulte des voix s'intensifia et un cliquetis sonore vint s'ajouter aux bruits de pas quelque galeries plus loin.
« C'est malin, soupira Ramies, tu nous as fait repérer ! »
L'oiseau croassa de plus belle et alla se percher sur le rebord de la vitre brisée. Le jeune homme ferma un ½il complice et claqua des doigts.
La garde arriva alors dans la Grande Allée, là d'où semblait provenir le vacarme. Le couloir était désert mais bizarrement éclairé d'une lumière puissante. Le chef fit quelques pas dans la galerie et se retourna en grognant.
« Eh bien, vous venez ou je dois venir vous cherchez ? Vous prendre la main, peut-être ? On a un palais à garder, je vous signale. Le roi Oréon n'acceptera aucune intrusion, alors remuez vous !»
Le reste de la garde fit quelques pas hésitants, collés les uns contre les autres. Le chef, un très grand homme au regard perçant d'un bleu vif menaçant, entendit alors un bruit, celui qu'on entendait lorsqu'on brisait un verre, provenant de ses pieds. Surpris, il s'écarta. Sur le sol, son reflet, découpé en huit, lui rendit son expression étonnée. Les autres sentinelles, se groupant en masse autour de lui, semblèrent apeurées. Le chef s'accroupit et examina un bout du verre brisé. L'un des gardes dit alors.
« Chef, c'est quoi ça ?
-Un miroir peut-être, diagnostiqua un autre garde.
-Oh là là, mais c'est horrible !s'écria un troisième, le chef l'a écrasé du pied. Ca veut dire...
-Ahhhh, il va s'attiré le mauvais sort pendant sept ans !!! »
Un frisson parcourut la troupe.
« Chef, je vous conseillerais de quitter l'armée et de partir loin d'ici dans une ferme isolée. Et surtout de vérifier votre assurance vie...
-Taisez vous, vous êtes fatigants, bougonna le chef en claquant des doigts, en plus, ce n'est pas un miroir. C'est un morceau de fenêtre. »
Tous levèrent alors la tête et aperçurent l'oiseau coloré, immobile depuis quelques minutes et observant les hommes armés avec curiosité.
« C'est un phénix, déclara le chef avec un sourire en coin, ce sont ses plumes qui éclairent ainsi la salle. Il a du arriver en piqué sur la vitre et ainsi l'a brisé. Tout s'explique. Allons prévenir le vitrier qu'il vienne dès demain matin réparer cela. Et la femme de ménage par la même occasion. »
La troupe s'éloigna alors dans un vacarme tonitruant. Le chef, en arrière, s'arrêta devant une armure qui affichait une drôle de position.
« Bizarre, se dit-il.»
Il s'approcha alors, main tendu vers le heaume du chevalier. Il était à deux doigts de le toucher lorsque ses officiers l'appelèrent.
« Il ne faut pas qu'on vous laisse tout seul, avec le mauvais sort... »
Détachant ses yeux de l'armure, le chef s'en alla, maugréant d'avoir des inférieurs si stupides.
Le couloir redevint alors désert, à l'exception peut-être du bel oiseau qui plana vers l'armure au dos légèrement courbée et se posa à ses pieds. D'un geste lourd, l'armure se mit alors à bouger. Elle leva un bras, approcha ses doigts les uns des autres et frotta son pouce contre son majeur. Soudain, Ramies réapparut dans la galerie lumineuse, et l'armure redevint droite. Le phénix lui lança un croassement auquel le jeune homme répondit.
« Heureusement que j'avais mes pouvoirs, sinon j'étais cuit ! Tu as vu le regard insistant que le capitaine Dominiquen a porté sur ma cachette ? Un peu plus et il me démasquait ! Enfin bref, oublions cela et concentrons nous sur notre objectif. L'heure tourne, je te signale ! »
Comme si le phénix avait compris, il se percha sur l'épaule de son maître et « éteignit » la lumière que dégageaient ses plumes. L'allée redevint sombre et Ramies continua son chemin.
Après avoir marché plusieurs minutes, s'être caché des gardes une bonne dizaine de fois et avoir couru sur plusieurs mètres pour échapper à leurs poursuivants, le garçon et son oiseau arrivèrent devant un grand escalier. Il était en pierre blanche et s'encadrait de murs de bronze poli. La nuit empêchait de voir où il débouchait, ce qui donnait la curieuse impression qu'il allait jusqu'au centre de la terre. Ramies le descendit avec prudence car les pierres étaient légèrement glissantes. Lorsqu'ils furent sûrs de ne pas pouvoir être vu, Karcca le phénix alluma ses plumes rouges et or pour donner de la lumière à son maître. Ramies pu alors apercevoir une porte, quelques mètres plus bas. Elle était en or massif et portait une inscription, entourée de rubis, de diamants, d'émeraudes, de saphirs et d'ambres magnifiques. L'inscription disait ceci : « Latiê wiê facfano ka zatan la wiê barraêtta ac lab têaih ca nazanno soroêb to tirêana ki qain » ce qui signifie « Celui qui tentera de voler ce qui sommeille en ces lieux ne reverra jamais la lumière du jour ». Rassurant...Cette porte était bizarre : elle n'avait pas de poignée. Mais c'était bien une porte : elle avait des gonds et une serrure, mais trop petite pour laisser passer une clé ordinaire. C'était une petite fente dans laquelle on pouvait glisser un bout de papier. Ramies sortit une feuille de sa poche. Il écrivit dessus « La Protectiale de maître Helm », la plia en 16 avant de l'insérer dans la minuscule cavité. Le bout de papier ressortit. Ramies le déplia et pu lire : « Mot de Passe correct. Vous pouvez entrer. » Alors, doucement, la porte s'ouvrit, et le jeune homme pénétra dans la pièce, le phénix toujours sur l'épaule.
Cette pièce, en apparence, n'avait rien d'extraordinaire. Ses murs nus étaient d'un beige triste, et aucune fenêtre ne venait apporter un peu de gaîté à cette salle sans aucun intérêt. En tout cas physiquement. Au centre de cette pièce, un piédestal de cristal, entourée de minuscules bougies aux flammes rouges sang, qui scintillaient et produisaient l'unique lumière de la salle (hormis le phénix et ses plumes de soleil). Sur le socle transparent, une cloche de verre protégeait un coussin de velours aux dentelles finement cousues, sur laquelle reposait une pierre. Cette pierre semblait être taillée tant sa forme ovale était parfaite. Elle était d'un rouge écarlate brillant de mille feux et, sous l'effet de la lumière, on semblait apercevoir dans son ventre des flammes se mouvoir. Elle était vraiment splendide. Karcca croassa de plus belle et battit des ailes avec agitation.
« Pas tout de suite, dit Ramies avec calme, c'est trop facile. Je suis sûr qu'il y a un piège quelque part. Ne bouges surtout pas. »
Le jeune homme claqua des doigts et des rayons lumineux apparurent soudain aux quatre coins de la pièce : sur le plancher, au plafond, sur les murs et au centre de la pièce, s'entrecroisant autour du piédestal. Ramies lâcha un faible rire en se disant qu'il l'avait échappé belle. Si il avait écouté son phénix, ils seraient déjà morts !
« Bon bah, c'est à toi de jouer, Karcca ! Toi seul à la souplesse nécessaire pour ne pas te faire prendre. Fais attention. »
Le phénix descendit de son perchoir et déploya ses larges ailes. Il prit de la hauteur et, ayant atteint le plafond, ramena ses ailes contre lui, improvisant alors un plongeon. Malgré la vitesse folle à laquelle il allait, il évita ainsi tous les rayons et atterrit sur la cloche de verre, sous les acclamations de son maître. Il attrapa la poignée de la cloche avec ses serres et la posa au pied du socle, faisant preuve d'une grande délicatesse. Il remonta et s'empara de la pierre rouge. Il revint alors auprès de Ramies, son poids pendouillant entre ses serres puissantes. Il s'apprêtait à déposer son fardeau dans les mains du jeune homme lorsque celui recula d'un bond.
« Ne me donnes pas la pierre maintenant ! Tu veux ma mort ? »
Le garçon sortit de sa poche des gants en cuirs noirs et les enfila. Il fit alors signe à Karcca et le phénix déposa la pierre rouge dans les mains tendues de son maître. La roche brilla d'une lumière puissante durant quelques secondes puis s'éteignit. Ramies la glissa alors précautionneusement dans une petite bourse en peau de sanglier et la remit dans sa poche. Il lâcha un grognement : sa poche le brûlait à présent.
« Dépêchons nous, il ne nous reste plus qu'une demi heure ! »
L'oiseau éteignit ses plumes et revint se poser sur l'épaule de son maître. Accélérant le pas, Ramies remonta les escaliers quatre à quatre. Arrivé de nouveau dans l'allée, le jeune homme ouvrit une des grandes fenêtres et s'y engouffra, pour finalement se retrouver dans les jardins royaux.
Le garçon fut alors entouré de massifs d'hortensias, de plantations de jonquilles magnifiquement entretenues et de buissons épineux taillés en forme de phénix. Un petit chemin en terre battue permettait de circuler librement, ce qui facilita les déplacements du jeune homme. Il suivit le sentier jusqu'à arriver à l'allée centrale, celle qui menait à l'entrée du palais royal. Des marches en marbre menaient jusqu'à une grande porte en bois d'orme aux poignées d'or. Sur la façade, le symbole du pays : deux traits, un noir et un blanc, assez large, qui se croisaient. Entre les deux, deux vaguelettes vertes et au dessus, un rond rouge. Ramies traversa l'allée à vive allure et se retrouva cette fois ci devant une entrée, faite entièrement de fleurs, qui conduisait dans un dédale de chemins aux murs également en fleurs. Le garçon et son phénix s'y engouffrèrent. Il y avait de multiples carrefours ; ils étaient dans un labyrinthe. Mais Ramies connaissait vraisemblablement le chemin vu qu'il avança d'un pas décidé dans le labyrinthe géant. Après quelques minutes qui parurent interminables, le jeune homme arriva au centre de l'enchevêtrement de chemins. Se dressait là une magnifique fontaine dont les jets d'eau sortaient de la gueule d'un dragon, de la corne d'une licorne, de la plume de la tête d'un phénix et des doigts d'un homme aux oreilles pointues. Devant, des bancs en pierres grises. Et pour donner la dernière touche de calme à ce paysage, un ou deux saules pleureurs dont les feuilles interminables pendaient paresseusement vers le sol. Ramies regarda de tous les côtés. Son rendez vous n'était pas encore arrivé. Il s'assit alors sur un banc, et Karcca alla se percher sur un des murs du labyrinthe. Quelques minutes passèrent, dans un silence pesant. Les seuls bruits furent les clapotis de l'eau qui écoulait son flot infini dans le récipient en pierre. Soudain, Karcca se mit à s'agiter. Il venait de voir quelque chose s'engager dans le labyrinthe. Une forme noire, presque invisible à cause de la noirceur de la nuit. Ramies se redressa vivement et fixa l'entrée avec insistance. Lui aussi venait d'entendre des bruits de pas. Il perçut le son d'une cape qui traîne sur le sol et le frottement des vêtements contre la peau. Il resta aux aguets mais le silence s'installa alors. Lorsque soudain...
« Tu es donc venu, Ramies. »
Ce dernier se retourna. Derrière lui, une grande silhouette, toute de noir vêtu. Son visage était invisible car la cape qu'elle portait avait un capuchon, rabaissé sur son visage. Elle avait de grandes bottes noires, un pantalon en cuir noir et une tunique noire qui lui arrivait aux genoux. Un petit rire s'échappa de cet homme lorsqu'il vit l'expression déconfite de Ramies.
« C'est vous qui m'avez envoyer la lettre, n'est ce pas ? » dit le jeune homme, tentant de redorer son blason.
Cette fameuse lettre qui disait : « Viens demain à minuit devant la fontaine d'Helm. Si tu n'y es pas, je t'égorgerai et si tu parles de ce mot...je t'égorgerai aussi. Signé : le SAM. »
Ramies s'en était méfié comme de la peste lorsqu'il eut aperçu le nom de son correspondant. Le SAM était un assassin recherché dans tout le pays qui semait la terreur sur son passage. Il fut d'abord connu pour avoir déterré les morts de la Plaine d'Helm afin de les remplacer par des journalistes curieux, qui furent retrouvés enterrés vifs. Sur leur poitrine, trois lettres : S, A, M, qui signifient Souverain Absolu du Mal. Mais Ramies, malgré tout, n'avait pas peur de cet individu vu que la pierre rouge dans sa poche était là pour le protéger. L'homme en noir prit son temps pour répondre, puis lâcha un simple « Oui » d'un ton qui faisait froid dans le dos. Ramies serra le poing. Il avait devant lui celui qui avait déjà fait des centaines de morts de pars le pays, et qui pétrifiait à présent le peuple. Le SAM dit alors, d'une voix très calme et posée.
« Ecoute, je ne te ferais absolument rien si tu me donnes très gentiment le Rubis.
-Je ne l'ai pas, répondit le jeune homme.
-Oh si tu l'as, je vois même qu'il est dans ta poche, dit-il avec la même sérénité, je savais que, soucieux de ta petite personne, tu prendrais le Rubis. Quel naïf tu fais, vraiment, cela doit être extrêmement embarrassant. »
Ramies eut un rictus d'agacement. Il ne s'était pas rendu compte qu'en voulant assurer sa sécurité avec la pierre rouge, il s'était au contraire mis en danger. Mais, quoi qu'il arrive, il ne donnerait jamais le Rubis à un assassin, encore moins au SAM. Cette pierre avait tellement de pouvoirs que la mettre entre ses mains signerait la fin du monde.
« Peut-être, mais tu ne l'auras jamais. Tu peux compter la dessus.
-Tiens donc, tu penses pouvoir me résister ? Tu es encore plus naïf que je ne le pensais, cela devient grave, tu sais, Ramies. Tu vas me donner la pierre, l'Elue m'apportera les quatre autres sur un plateau. Tu devrais être fier de pouvoir participer à la fin du monde. C'est comme ci tu étais mon partisan...
-Jamais ! s'exclama Ramies avec rage.
-Allons, sois raisonnable, donnes la moi.
-NON !!!
-Tu l'auras voulu... »
Le SAM claqua des doigts tellement vite que Ramies ne pus se défendre. Soudain, le jeune homme ressentit une horrible douleur qui provenait de son crâne. Il tomba à genoux et un hurlement déchira le silence. Se tenant la tête entre les mains, le garçon avait l'impression qu'on la lui serrait dans un étau. Des images horribles s'imposèrent alors dans son esprit. Il voyait un champ de batailles, des corps par terre, baignés dans une mare de sang. Ses images lui firent mal et il se mit à trembler de toutes parts. Il entendit alors une voix dans son esprit, très fort et qui résonnait affreusement.
« Tu as perdu. HA HA HA HA !!! »
Un homme, dans le champ de bataille, tira alors sur Ramies une balle de plomb. Il se la prit dans la poitrine. Il ressentit une indéniable souffrance, puis...
Karcca, qui avait tout vu, s'envola chercher de l'aide. Il vola de toute la puissance de ses ailes et entendait la voix de son maître qui hurlait dans son c½ur. Fou d'inquiétude, il trouva enfin deux gardes qui sortaient du palais. Il leur fit de grands signes et les appela en croassant. Etonnés, les deux gardes le suivirent néanmoins. Il traversèrent le jardin, s'engouffrèrent dans le labyrinthe et atteignirent en courant le centre. Ils ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait, car ils ne virent d'abord rien. Soudain, ils aperçurent le phénix, les ailes écartées sur une masse informe qui gisait sur le sol. Un faible cri s'échappait de son bec. L'un des deux gardes poussa l'oiseau et l'autre examina la forme. C'était un jeune homme qui avait la bouche ouverte et les yeux fermés, comme si il avait été pétrifié alors qu'il hurlait. Le garde le reconnu immédiatement.
« Oh mon dieu, Vyrt, viens voir. C'est le prince Ramies. Il est mort. »
Il vit alors que sa cape avait été arrachée au niveau de la poche. Plus loin, une bourse en peau de sanglier avait été abandonnée. L'autre garde lui fit alors remarquer un petit bout de papier sur la poitrine du jeune homme. Lorsqu'ils le déplièrent, ils lurent : SAM. Dans la seconde d'après, le papier s'embrasa et les cendres disparurent, emportées par le vent.
lachez des coms svp, c'est vraiment très important pour moi. merci infiniment pour ceux qui l'ont lu en entier et qui vont me laisser un petit commentaire.
L'Elue
-1-
Ramies marchait lentement, sa longue cape noire flottant derrière lui. Ses bottes résonnaient doucement sur le carrelage de marbre blanc et créaient un léger claquement aigu qui se répercutait dans le long corridor. La pâleur suave de la pleine lune créait une étrange lumière, légèrement inquiétante, qui s'infiltrait par d'immenses baies vitrées, au verre aussi transparent que du cristal. L'ombre du jeune homme se dessinait nettement sur le sol et se déplaçait avec lenteur et prudence. Il ne fallait surtout pas qu'on le voie circuler dans les couloirs à une heure aussi tardive. De plus, la pièce qu'il visait à atteindre n'était pas l'une de celles qu'il était autorisé à approcher, encore moins à visiter. Ramies tourna à angle droit et arriva dans une longue galerie, plus belle encore que la précédente. Les murs étaient dorés et, malgré la noirceur de la nuit, émettait une faible lumière néanmoins rassurante. Des lustres en cristal, qui portaient chacun des dizaines de chandelles pour l'instant éteintes, pendaient paresseusement au plafond et la faible lueur lunaire les faisait briller. Tout le long du couloir, sur tout le côté gauche, des armures de chevaliers, portant des heaumes surplombés de superbes plumes bleuâtres, se dressaient humblement, lance à la main, près à éliminer les rôdeurs du soir. Sur le côté droit, de grandes fenêtres, fermées précautionneusement afin d'empêcher les maraudeurs de rentrer, laissaient passer la lumière qui trahirait la présence de Ramies durant son excursion. Le jeune homme marcha alors exclusivement à gauche, afin de ne pas se faire remarquer par des gardes venus faire leur ronde. Pour le moment, il avait eu la chance de n'en rencontrer aucun, mais cela ne durerait pas. Le tour de garde venait à peine de commencer, et les gaillards endormis mettaient un certain temps à sortir de leur dortoir respectif, ce qui avait permis à Ramies de faire un bout de chemin dans une tranquillité parfaite. Il pouvait maintenant commencer à se faire du souci, vu que les gardes devaient s'être résolu à sortir du lit. Il se fit alors plus discret. Bien lui en prit car un bourdonnement de voix se fit entendre quelques couloirs plus loin et semblait venir dans sa direction. Ramies ne s'en inquiéta pas. Il aurait largement le temps de bifurquer dans une autre allée et d'être hors de vu avant que la garde de nuit n'arrive. Le tout était de ne pas ameuter les sentinelles car si elles arrivaient tout de suite, le jeune homme était fichu. Il accéléra le pas, tout en évitant de faire trop de bruits. Quand soudain, un bruit de verre brisé retentit derrière lui et résonna longtemps contre les murs, provoquant un écho qui jouait au téléphone arabe et qui envoyait le message de tous les côtés. Affolé, Ramies se retourna. Une des grandes vitres s'était brisé, éparpillant ses morceaux sur les dalles et provoquant un vacarme encore plus important. Un magnifique oiseau aux couleurs chatoyantes pénétra dans la cavité creusée. Ses plumes couleurs de soleil illuminèrent la salle qui donna l'impression d'un plein jour d'été. Ses ailes immenses bâtirent une ou deux fois et le firent planer jusqu'à une armure où il se posa doucement. Ses yeux pétillants fixèrent avec malice le jeune homme et un croassement s'échappa de son bec. L'oiseau s'envola alors et vint doucement se percher sur l'épaule de Ramies.-1-
« Karcca, mais qu'est ce que tu fais ? » s'exclama le jeune homme.
Un peu plus loin, le tumulte des voix s'intensifia et un cliquetis sonore vint s'ajouter aux bruits de pas quelque galeries plus loin.
« C'est malin, soupira Ramies, tu nous as fait repérer ! »
L'oiseau croassa de plus belle et alla se percher sur le rebord de la vitre brisée. Le jeune homme ferma un ½il complice et claqua des doigts.
La garde arriva alors dans la Grande Allée, là d'où semblait provenir le vacarme. Le couloir était désert mais bizarrement éclairé d'une lumière puissante. Le chef fit quelques pas dans la galerie et se retourna en grognant.
« Eh bien, vous venez ou je dois venir vous cherchez ? Vous prendre la main, peut-être ? On a un palais à garder, je vous signale. Le roi Oréon n'acceptera aucune intrusion, alors remuez vous !»
Le reste de la garde fit quelques pas hésitants, collés les uns contre les autres. Le chef, un très grand homme au regard perçant d'un bleu vif menaçant, entendit alors un bruit, celui qu'on entendait lorsqu'on brisait un verre, provenant de ses pieds. Surpris, il s'écarta. Sur le sol, son reflet, découpé en huit, lui rendit son expression étonnée. Les autres sentinelles, se groupant en masse autour de lui, semblèrent apeurées. Le chef s'accroupit et examina un bout du verre brisé. L'un des gardes dit alors.
« Chef, c'est quoi ça ?
-Un miroir peut-être, diagnostiqua un autre garde.
-Oh là là, mais c'est horrible !s'écria un troisième, le chef l'a écrasé du pied. Ca veut dire...
-Ahhhh, il va s'attiré le mauvais sort pendant sept ans !!! »
Un frisson parcourut la troupe.
« Chef, je vous conseillerais de quitter l'armée et de partir loin d'ici dans une ferme isolée. Et surtout de vérifier votre assurance vie...
-Taisez vous, vous êtes fatigants, bougonna le chef en claquant des doigts, en plus, ce n'est pas un miroir. C'est un morceau de fenêtre. »
Tous levèrent alors la tête et aperçurent l'oiseau coloré, immobile depuis quelques minutes et observant les hommes armés avec curiosité.
« C'est un phénix, déclara le chef avec un sourire en coin, ce sont ses plumes qui éclairent ainsi la salle. Il a du arriver en piqué sur la vitre et ainsi l'a brisé. Tout s'explique. Allons prévenir le vitrier qu'il vienne dès demain matin réparer cela. Et la femme de ménage par la même occasion. »
La troupe s'éloigna alors dans un vacarme tonitruant. Le chef, en arrière, s'arrêta devant une armure qui affichait une drôle de position.
« Bizarre, se dit-il.»
Il s'approcha alors, main tendu vers le heaume du chevalier. Il était à deux doigts de le toucher lorsque ses officiers l'appelèrent.
« Il ne faut pas qu'on vous laisse tout seul, avec le mauvais sort... »
Détachant ses yeux de l'armure, le chef s'en alla, maugréant d'avoir des inférieurs si stupides.
Le couloir redevint alors désert, à l'exception peut-être du bel oiseau qui plana vers l'armure au dos légèrement courbée et se posa à ses pieds. D'un geste lourd, l'armure se mit alors à bouger. Elle leva un bras, approcha ses doigts les uns des autres et frotta son pouce contre son majeur. Soudain, Ramies réapparut dans la galerie lumineuse, et l'armure redevint droite. Le phénix lui lança un croassement auquel le jeune homme répondit.
« Heureusement que j'avais mes pouvoirs, sinon j'étais cuit ! Tu as vu le regard insistant que le capitaine Dominiquen a porté sur ma cachette ? Un peu plus et il me démasquait ! Enfin bref, oublions cela et concentrons nous sur notre objectif. L'heure tourne, je te signale ! »
Comme si le phénix avait compris, il se percha sur l'épaule de son maître et « éteignit » la lumière que dégageaient ses plumes. L'allée redevint sombre et Ramies continua son chemin.
Après avoir marché plusieurs minutes, s'être caché des gardes une bonne dizaine de fois et avoir couru sur plusieurs mètres pour échapper à leurs poursuivants, le garçon et son oiseau arrivèrent devant un grand escalier. Il était en pierre blanche et s'encadrait de murs de bronze poli. La nuit empêchait de voir où il débouchait, ce qui donnait la curieuse impression qu'il allait jusqu'au centre de la terre. Ramies le descendit avec prudence car les pierres étaient légèrement glissantes. Lorsqu'ils furent sûrs de ne pas pouvoir être vu, Karcca le phénix alluma ses plumes rouges et or pour donner de la lumière à son maître. Ramies pu alors apercevoir une porte, quelques mètres plus bas. Elle était en or massif et portait une inscription, entourée de rubis, de diamants, d'émeraudes, de saphirs et d'ambres magnifiques. L'inscription disait ceci : « Latiê wiê facfano ka zatan la wiê barraêtta ac lab têaih ca nazanno soroêb to tirêana ki qain » ce qui signifie « Celui qui tentera de voler ce qui sommeille en ces lieux ne reverra jamais la lumière du jour ». Rassurant...Cette porte était bizarre : elle n'avait pas de poignée. Mais c'était bien une porte : elle avait des gonds et une serrure, mais trop petite pour laisser passer une clé ordinaire. C'était une petite fente dans laquelle on pouvait glisser un bout de papier. Ramies sortit une feuille de sa poche. Il écrivit dessus « La Protectiale de maître Helm », la plia en 16 avant de l'insérer dans la minuscule cavité. Le bout de papier ressortit. Ramies le déplia et pu lire : « Mot de Passe correct. Vous pouvez entrer. » Alors, doucement, la porte s'ouvrit, et le jeune homme pénétra dans la pièce, le phénix toujours sur l'épaule.
Cette pièce, en apparence, n'avait rien d'extraordinaire. Ses murs nus étaient d'un beige triste, et aucune fenêtre ne venait apporter un peu de gaîté à cette salle sans aucun intérêt. En tout cas physiquement. Au centre de cette pièce, un piédestal de cristal, entourée de minuscules bougies aux flammes rouges sang, qui scintillaient et produisaient l'unique lumière de la salle (hormis le phénix et ses plumes de soleil). Sur le socle transparent, une cloche de verre protégeait un coussin de velours aux dentelles finement cousues, sur laquelle reposait une pierre. Cette pierre semblait être taillée tant sa forme ovale était parfaite. Elle était d'un rouge écarlate brillant de mille feux et, sous l'effet de la lumière, on semblait apercevoir dans son ventre des flammes se mouvoir. Elle était vraiment splendide. Karcca croassa de plus belle et battit des ailes avec agitation.
« Pas tout de suite, dit Ramies avec calme, c'est trop facile. Je suis sûr qu'il y a un piège quelque part. Ne bouges surtout pas. »
Le jeune homme claqua des doigts et des rayons lumineux apparurent soudain aux quatre coins de la pièce : sur le plancher, au plafond, sur les murs et au centre de la pièce, s'entrecroisant autour du piédestal. Ramies lâcha un faible rire en se disant qu'il l'avait échappé belle. Si il avait écouté son phénix, ils seraient déjà morts !
« Bon bah, c'est à toi de jouer, Karcca ! Toi seul à la souplesse nécessaire pour ne pas te faire prendre. Fais attention. »
Le phénix descendit de son perchoir et déploya ses larges ailes. Il prit de la hauteur et, ayant atteint le plafond, ramena ses ailes contre lui, improvisant alors un plongeon. Malgré la vitesse folle à laquelle il allait, il évita ainsi tous les rayons et atterrit sur la cloche de verre, sous les acclamations de son maître. Il attrapa la poignée de la cloche avec ses serres et la posa au pied du socle, faisant preuve d'une grande délicatesse. Il remonta et s'empara de la pierre rouge. Il revint alors auprès de Ramies, son poids pendouillant entre ses serres puissantes. Il s'apprêtait à déposer son fardeau dans les mains du jeune homme lorsque celui recula d'un bond.
« Ne me donnes pas la pierre maintenant ! Tu veux ma mort ? »
Le garçon sortit de sa poche des gants en cuirs noirs et les enfila. Il fit alors signe à Karcca et le phénix déposa la pierre rouge dans les mains tendues de son maître. La roche brilla d'une lumière puissante durant quelques secondes puis s'éteignit. Ramies la glissa alors précautionneusement dans une petite bourse en peau de sanglier et la remit dans sa poche. Il lâcha un grognement : sa poche le brûlait à présent.
« Dépêchons nous, il ne nous reste plus qu'une demi heure ! »
L'oiseau éteignit ses plumes et revint se poser sur l'épaule de son maître. Accélérant le pas, Ramies remonta les escaliers quatre à quatre. Arrivé de nouveau dans l'allée, le jeune homme ouvrit une des grandes fenêtres et s'y engouffra, pour finalement se retrouver dans les jardins royaux.
Le garçon fut alors entouré de massifs d'hortensias, de plantations de jonquilles magnifiquement entretenues et de buissons épineux taillés en forme de phénix. Un petit chemin en terre battue permettait de circuler librement, ce qui facilita les déplacements du jeune homme. Il suivit le sentier jusqu'à arriver à l'allée centrale, celle qui menait à l'entrée du palais royal. Des marches en marbre menaient jusqu'à une grande porte en bois d'orme aux poignées d'or. Sur la façade, le symbole du pays : deux traits, un noir et un blanc, assez large, qui se croisaient. Entre les deux, deux vaguelettes vertes et au dessus, un rond rouge. Ramies traversa l'allée à vive allure et se retrouva cette fois ci devant une entrée, faite entièrement de fleurs, qui conduisait dans un dédale de chemins aux murs également en fleurs. Le garçon et son phénix s'y engouffrèrent. Il y avait de multiples carrefours ; ils étaient dans un labyrinthe. Mais Ramies connaissait vraisemblablement le chemin vu qu'il avança d'un pas décidé dans le labyrinthe géant. Après quelques minutes qui parurent interminables, le jeune homme arriva au centre de l'enchevêtrement de chemins. Se dressait là une magnifique fontaine dont les jets d'eau sortaient de la gueule d'un dragon, de la corne d'une licorne, de la plume de la tête d'un phénix et des doigts d'un homme aux oreilles pointues. Devant, des bancs en pierres grises. Et pour donner la dernière touche de calme à ce paysage, un ou deux saules pleureurs dont les feuilles interminables pendaient paresseusement vers le sol. Ramies regarda de tous les côtés. Son rendez vous n'était pas encore arrivé. Il s'assit alors sur un banc, et Karcca alla se percher sur un des murs du labyrinthe. Quelques minutes passèrent, dans un silence pesant. Les seuls bruits furent les clapotis de l'eau qui écoulait son flot infini dans le récipient en pierre. Soudain, Karcca se mit à s'agiter. Il venait de voir quelque chose s'engager dans le labyrinthe. Une forme noire, presque invisible à cause de la noirceur de la nuit. Ramies se redressa vivement et fixa l'entrée avec insistance. Lui aussi venait d'entendre des bruits de pas. Il perçut le son d'une cape qui traîne sur le sol et le frottement des vêtements contre la peau. Il resta aux aguets mais le silence s'installa alors. Lorsque soudain...
« Tu es donc venu, Ramies. »
Ce dernier se retourna. Derrière lui, une grande silhouette, toute de noir vêtu. Son visage était invisible car la cape qu'elle portait avait un capuchon, rabaissé sur son visage. Elle avait de grandes bottes noires, un pantalon en cuir noir et une tunique noire qui lui arrivait aux genoux. Un petit rire s'échappa de cet homme lorsqu'il vit l'expression déconfite de Ramies.
« C'est vous qui m'avez envoyer la lettre, n'est ce pas ? » dit le jeune homme, tentant de redorer son blason.
Cette fameuse lettre qui disait : « Viens demain à minuit devant la fontaine d'Helm. Si tu n'y es pas, je t'égorgerai et si tu parles de ce mot...je t'égorgerai aussi. Signé : le SAM. »
Ramies s'en était méfié comme de la peste lorsqu'il eut aperçu le nom de son correspondant. Le SAM était un assassin recherché dans tout le pays qui semait la terreur sur son passage. Il fut d'abord connu pour avoir déterré les morts de la Plaine d'Helm afin de les remplacer par des journalistes curieux, qui furent retrouvés enterrés vifs. Sur leur poitrine, trois lettres : S, A, M, qui signifient Souverain Absolu du Mal. Mais Ramies, malgré tout, n'avait pas peur de cet individu vu que la pierre rouge dans sa poche était là pour le protéger. L'homme en noir prit son temps pour répondre, puis lâcha un simple « Oui » d'un ton qui faisait froid dans le dos. Ramies serra le poing. Il avait devant lui celui qui avait déjà fait des centaines de morts de pars le pays, et qui pétrifiait à présent le peuple. Le SAM dit alors, d'une voix très calme et posée.
« Ecoute, je ne te ferais absolument rien si tu me donnes très gentiment le Rubis.
-Je ne l'ai pas, répondit le jeune homme.
-Oh si tu l'as, je vois même qu'il est dans ta poche, dit-il avec la même sérénité, je savais que, soucieux de ta petite personne, tu prendrais le Rubis. Quel naïf tu fais, vraiment, cela doit être extrêmement embarrassant. »
Ramies eut un rictus d'agacement. Il ne s'était pas rendu compte qu'en voulant assurer sa sécurité avec la pierre rouge, il s'était au contraire mis en danger. Mais, quoi qu'il arrive, il ne donnerait jamais le Rubis à un assassin, encore moins au SAM. Cette pierre avait tellement de pouvoirs que la mettre entre ses mains signerait la fin du monde.
« Peut-être, mais tu ne l'auras jamais. Tu peux compter la dessus.
-Tiens donc, tu penses pouvoir me résister ? Tu es encore plus naïf que je ne le pensais, cela devient grave, tu sais, Ramies. Tu vas me donner la pierre, l'Elue m'apportera les quatre autres sur un plateau. Tu devrais être fier de pouvoir participer à la fin du monde. C'est comme ci tu étais mon partisan...
-Jamais ! s'exclama Ramies avec rage.
-Allons, sois raisonnable, donnes la moi.
-NON !!!
-Tu l'auras voulu... »
Le SAM claqua des doigts tellement vite que Ramies ne pus se défendre. Soudain, le jeune homme ressentit une horrible douleur qui provenait de son crâne. Il tomba à genoux et un hurlement déchira le silence. Se tenant la tête entre les mains, le garçon avait l'impression qu'on la lui serrait dans un étau. Des images horribles s'imposèrent alors dans son esprit. Il voyait un champ de batailles, des corps par terre, baignés dans une mare de sang. Ses images lui firent mal et il se mit à trembler de toutes parts. Il entendit alors une voix dans son esprit, très fort et qui résonnait affreusement.
« Tu as perdu. HA HA HA HA !!! »
Un homme, dans le champ de bataille, tira alors sur Ramies une balle de plomb. Il se la prit dans la poitrine. Il ressentit une indéniable souffrance, puis...
Karcca, qui avait tout vu, s'envola chercher de l'aide. Il vola de toute la puissance de ses ailes et entendait la voix de son maître qui hurlait dans son c½ur. Fou d'inquiétude, il trouva enfin deux gardes qui sortaient du palais. Il leur fit de grands signes et les appela en croassant. Etonnés, les deux gardes le suivirent néanmoins. Il traversèrent le jardin, s'engouffrèrent dans le labyrinthe et atteignirent en courant le centre. Ils ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait, car ils ne virent d'abord rien. Soudain, ils aperçurent le phénix, les ailes écartées sur une masse informe qui gisait sur le sol. Un faible cri s'échappait de son bec. L'un des deux gardes poussa l'oiseau et l'autre examina la forme. C'était un jeune homme qui avait la bouche ouverte et les yeux fermés, comme si il avait été pétrifié alors qu'il hurlait. Le garde le reconnu immédiatement.
« Oh mon dieu, Vyrt, viens voir. C'est le prince Ramies. Il est mort. »
Il vit alors que sa cape avait été arrachée au niveau de la poche. Plus loin, une bourse en peau de sanglier avait été abandonnée. L'autre garde lui fit alors remarquer un petit bout de papier sur la poitrine du jeune homme. Lorsqu'ils le déplièrent, ils lurent : SAM. Dans la seconde d'après, le papier s'embrasa et les cendres disparurent, emportées par le vent.
lachez des coms svp, c'est vraiment très important pour moi. merci infiniment pour ceux qui l'ont lu en entier et qui vont me laisser un petit commentaire.